Mémoires de "Blédars"

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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Grostefan Alain le Mar 14 Mar - 14:05

Tenez en voilà au autre qui na pas le droit de voir
pour ne pas avoir le tournis

Il est malheureux comme un éléphant car ce dernier a 2 yeux mais défense d'ivoire.
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Lucien Calatayud le Mar 14 Mar - 15:18

ALAIN

Après un pareil effort, on t'accorde 10 jours de repos. Very Happy Very Happy
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Lucien Calatayud

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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Lucien Calatayud le Jeu 16 Mar - 18:50

Aller, un peu de lecture. Un simple extrait de mes mémoires.

Aux seuls tintements  de la cloche qui, aux premières clartés matinales appelait au réveil du personnel, nous savions quelle était la couleur du temps. Les vibrations qui se  prolongeaient à n’en plus finir étaient annonciatrices d’un  bel ensoleillement alors que par temps  pluvieux ou de  brouillard, les sons étaient  étouffés, secs et sans prolongement.
   Or ce matin de printemps, les martèlements  s’étaient laissé porter très loin dans la nature. Comme à l’ordinaire, les hommes n’avaient pas tardé à s’attrouper autour de l’abreuvoir où par habitude ils faisaient leurs ablutions.  La plupart s’étaient ensuite approchés de notre toute récente acquisition. Un imposant tracteur très en avance sur son temps. C’est du moins ce que l’on nous avait affirmé. Il est vrai que la mise en route de l’engin n’avait rien de commun.  Et c’est bien ce qui suscitait autant d’intérêt. Une exclusivité qui ne se rencontrait nulle part ailleurs que chez nous. Pensez donc, à 1‘heure où partout alentour l’on continuait  d’user ses forces sur  une manivelle, au mieux  faire appel à un moteur auxiliaire,  chez nous,  il  suffisait  de loger une cartouche bourrée de poudre dans une chambre à percussion, de donner un léger coup de massette sur la pointe du percuteur et... Boum! Boum! Boum! Lancée à son plein régime, la mécanique  faisait  tout trembler dans le  hangar.  Un spectacle  qui, matin  après matin  exerçait la même fascination dans notre monde ouvrier. Il faut dire que le préposé y mettait aussi du sien. Il ne négligeait jamais d’entourer l’opération de tout un cérémonial. L’occasion s’offrait si belle pour lui d’épater son entourage, qu’il eut été presque inconvenant  de l’en priver. Aussi déployait-il tout un savoir, compliquant outrageusement les choses par une débauche de gestes, ne laissant rien  paraître de la simplicité de l’opération telle qu’elle lui avait été enseignée. Bref, du grand art  qui  vous en laissaient plus d’un ébahi.
Or, ce matin là, pas moins qu’un autre, rien n’avait manqué des savantes simagrées qui  entretenaient si bien le suspens. Tout le monde était donc là, attentif, s’apprêtant à voir pour une énième fois s’accomplir le petit miracle matinal.... Quelque peu grisé lui-même par ses propres artifices,  l’opérateur s’était muni de la massette. D’un mouvement à peine perceptible, il avait frappé le petit coup sec qui allait ébranler tout l’environnement. Mais stupeur, pour une première fois, rien, pas le moindre toussotement du moteur.  Qu’un grand et surprenant silence. Non seulement  la poudre s’était révélée incapable  ne fusse de titiller un tant soit peu les soupapes et les pistons mais, plus affligeant encore  la réserve de cartouche  était épuisée. Notre magicien avait beau tourner et retourner la boite en tous  sens mais, peine perdue, elle était bel et bien vide. Ce qui n’augurait rien de bon. L’artiste en était conscient. Si conscient, qu’il  ne put s’empêcher de piquer une colère noire et vomir toute une tempête de jurons et de malédictions, laissant  la massette lui glisser des mains. Parce qu’en pareil cas, il fallait avoir recours à la manivelle de lancement. Et il est peu de dire que cela ne soulevait plus les  mêmes enthousiasmes. Un instant figés, les badauds comprennent qu’il n’y a plus  une seconde à perdre, qu’il fallait s’éloigner. Le cercle  s’élargit donc subrepticement pour  se disperser. Rien d’étonnant à cela ; la seule vue de la masse d’acier du nom de manivelle qui traînait par terre  aurait fait grimacer Hercule  au mieux de sa forme. Pas moins de quatre bras et non des moins vigoureux et des moins solides allaient devoir braver l’inertie du moteur. Le technicien qui nous avait livré l’engin nous avait d’ailleurs prévenus :
« Prenez garde de ne jamais vous laisser démunir de cartouches, sans quoi il  vous faudra vous armer  de courage tout autant que de forces » nous avait-il dit.
Et pour une première fois depuis l’acquisition de l’engin, il nous fallait  en passer  par là,  assumer en quelque sorte les conséquences d’un défaut de vigilance. Il n’y avait plus de cartouche pour la mise en route, il fallait donc des bras.


Dernière édition par Lucien Calatayud le Ven 17 Mar - 16:45, édité 1 fois
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Grostefan Alain le Jeu 16 Mar - 19:24

LUCIEN
Joli récit. ça m'a ramené à mon enfance à la ferme. La cloche qui tinte. Chez nous c'était un disque usagé de charrue suspendu à un arbre à hauteur d'homme. C'était le gardien de nuit qui tapait dessus avec un solide morceau de fer lorsque mon père (le commis) arrivait. Il faisait nuit encore. Puis les ouvriers permanents arrivaient un à un et faisaient leurs ablutions, mains et visages, dans une partie de l'abreuvoir réservée à cet effet. Aucun n'omettait de se vider les narines... En attendant les retardataires  un chauffeur de tracteur nommé "Lahbil" (le fou) mettait de l'ambiance avec un humour particulier qui lui valait son surnom. A l'heure H  mon père demandait à chacun de reprendre le travail. Chacun savait ce qu'il avait à faire.
L'épilogue de ta narration montre bien que quel que soit le matériel, il peut toujours se trouver un grain de sable pour enrayer le fonctionnement d'une machine.
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Admin le Jeu 16 Mar - 20:07

Lucien,

C'est de là que vient le mot "moteur à explosion"...... Twisted Evil  Twisted Evil

Apparemment, dans la ferme, c'était le spectacle garanti tous les matins...

Il me semble que c'est dans l'aviation que j'ai entendu parler d'un système de démarrage à cartouche (ou à poudre) pour les gros moteurs d'avions, lorsque je faisais ma PMAir à Meknès...Le démarrage se pratiquait par un choc explosif dans les cylindres...
Ce système avait permis d'éviter les accidents de démarrage en tournant les hélices manuellement...

Bravo pour le p'tit extrait...

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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Ven 17 Mar - 14:36

Merci pour ce recit Lucien - Ah si seulement je pouvais écrire le français aussi bien.....J'ai été même regarder dans le dico des mots que tu ecrivais et que je ne savais même plus ce que ça voulait dire...Honte à Ghislaine.
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Lucien Calatayud le Dim 19 Mar - 9:54

GHIS

Merci à toi pour le compliment. Mais je persiste à dire que je n'écris pas bien du tout. J'écris  comme je sais et comme je peux, tout simplement. Quant à ton "Honte à Gislaine", on ne peut tout au contraire que te féliciter. Tu sais bien mieux t'exprimer en français que nous en anglais ou en arabes. La plupart d'entre nous sommes incapables d'aligner deux mots dans ces langues. Honte à nous alors!:
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Dim 19 Mar - 16:28

Lucien, cela fait un demi siecle que j'habite dans ce coin du Canada et ici c'est tout english...ahaha - Remarque comme il y a 2 langues officielles au Canada tout ce que tu achetes dans des magazins doit etre ecrit dans les 2 langues. Recemment je visitais un hopital et dans leur salle d'attente il y avait des brochures, mais toutes ecrites en chinois. J'avais donc appele le departement des Langues Officielles du Canada dont je connais tres bien une des directrices pour l'informer de cela....et quelques jours apres  il y avait brochures en anglais et en francais et bien sur aussi en chinois car nous avons une large communaute de ce pays vivant a Vancouver. 
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Grostefan Alain le Mar 21 Mar - 15:44

Avant l'avènement du tarare
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Admin le Ven 21 Avr - 15:21



Juste pour un salut à la rubrique...1958 - Moisson en Algérie...

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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Lucien Calatayud le Ven 21 Avr - 16:29

JIMMY

Ils n'étaient donc pas en avance sur leur temps en Algérie!! Au Maroc, en 1950 nous moissonnions déjà avec des engins autotractés. Pas encore avec la clim ni la radio comme c'est le cas un peu partout actuellement mais on avait quand même progressé.... Very Happy
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Admin le Lun 24 Avr - 16:06

Tu es le seul juge pouvant répondre...Mais il se peut très bien que la date annoncée ne soit pas la bonne.... Effectivement, les engins me donnent l'impression d'être un peu archaïques...

... celle ci, dans une ferme de la région de rabat...c'est pas jeune, non plus...!!! J'ai une vidéo qui montre ce genre d'engin en marche, à l'occasion d'une fête foraine... Eh bien, ça tourne encore...!!! Twisted Evil z'étaient costauds, les engins...

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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Admin le Dim 30 Avr - 9:34

Lucien Calatayud a écrit:Aller, un peu de lecture. Un simple extrait de mes mémoires.
........  Rien d’étonnant à cela ; la seule vue de la masse d’acier du nom de manivelle qui traînait par terre aurait fait grimacer Hercule au mieux de sa forme. Pas moins de quatre bras et non des moins vigoureux et des moins solides allaient devoir braver l’inertie du moteur. Le technicien qui nous avait livré l’engin nous avait d’ailleurs prévenus :
« Prenez garde de ne jamais vous laisser démunir de cartouches, sans quoi il  vous faudra vous armer  de courage tout autant que de forces » nous avait-il dit.
Et pour une première fois depuis l’acquisition de l’engin, il nous fallait  en passer  par là,  assumer en quelque sorte les conséquences d’un défaut de vigilance. Il n’y avait plus de cartouche pour la mise en route, il fallait donc des bras.

Je reprends un extrait de "l'extrait des mémoires" dont Lucien nous a gratifié plus en amont...Le démarrage à la manivelle...Attention au "retour de manivelle".... plus d'un pratiquant de cet outil maudit y a laissé ses épaules meurtries...Merci l'ami Lucien pour ce passage de vie que nous avons vécu étant jeunes...

Ci dessous, il a fallu attendre 1957 (c'était un peu tard...!!!) pour voir arriver à Casablanca, les tracteurs américains et leur mécanisation moderne, sur les terrains agricoles...  les Mc Cormick, Massey Fergusson et autres Ford...

   


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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Lucien Calatayud le Dim 30 Avr - 11:16

JIMMY

Que de souvenirs, pas toujours agréables à se remémorer! Suffisamment marquant cependant pour éveiller une certaine nostalgie. L'image des charrues à disques par exemple avec leur manivelle de réglage en profondeur. Que de crises de nerfs quand une grosse pierre bien enracinée cassait un disque et qu'il fallait réparer. Et aussi quand un tracteur se cabrait et menaçait de se renverser. Dans ces cas, pas question de s'affoler, il fallait seulement avoir le réflexe de vite stopper et reculer. Ca m'est arrivé je ne saurait dire le nombre de fois. C'était éprouvant.
Par contre, tu écris: "Il a fallu attendre 1957 (c'était un peu tard...!!!) pour voir arriver à Casablanca, les tracteurs américains et leur mécanisation moderne, sur les terrains agricoles...  les Mc Cormick, Massey Fergusson et autres Ford..."
Ce n'est pas tout à fait exact parce qu'en 48/49 certaines exploitations agricoles étaient déjà équipées d'engins à pneus de marques américaines. Pas aussi modernes que celles d'aujourd'hui bien sûr, mais quel progrès! Je pense que ce matériel devait effectivement venir directement d'Amérique par bateaux.
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Grostefan Alain le Dim 30 Avr - 12:27

hh
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Lucien Calatayud le Dim 30 Avr - 13:37

ALAIN

C'est à ce moteur que je faisais allusion disant: "Pensez donc, à l‘heure où partout alentour l’on continuait  d’user ses forces sur  une manivelle, au mieux à faire appel à un moteur auxiliaire" ...On a eu un Caterpillar. Mais avec l'action abrasive des sables (il n'y avait que ça), les roulements de chenilles ne résistaient pas longtemps. C'était pourrait-on dire le (ou les) talon d'Achille de ces engins. Sad
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Lucien Calatayud le Jeu 11 Mai - 14:41

Salut tout le monde.

Au risque d'offusquer plus d'une ou plus d'un lecteur, cet un extrait de mes mémoires de blédard.


Durant les périodes les plus chargées  de l’année,  je passais le plus large de mon temps à arpenter  le vignoble afin de veiller au bon déroulement  des travaux.  Rien n’ayant été  parfaitement défini à propos de mon rôle au moment de mon embauche, c’était en fonction des nécessités.  L’on s’en doute, au fil du temps il s’était tissé entre notre  monde ouvrier et moi-même des liens qui, si je n’avais pris garde auraient vite dégénérés en familiarités  préjudiciables au maintien de ce minimum de distance et d’autorité  que la fonction requérait.

Mes relations avec les chantiers d’hommes étaient toujours cordiales. Les blagues qui allaient bon train ne s’interrompaient jamais pendant ma présence. Souvent même il m’arrivait  d’échanger quelques plaisanteries.  
Les rapports qu’il me fallait entretenir avec les femmes s’avéraient par contre bien plus délicats. Il faut dire que j’avais affaire à des natures frivoles et que de mon côté, la sève printanière  qui bouillait dans mes artères  aurait eu tendance à vouloir faire voler toutes mes retenues en éclats. Une  chose, très dissuasive celle-là, tempérait cependant et souverainement mes appétits charnels. Je veux parler de l’effroyable maladie dont bien des femmes  et bien des hommes indigènes dans les bleds étaient atteints: L’abominable blennorragie. Quand bien même le diable ne relâchait pas ses  exhortations à me montrer bien plus hardi, l’obstacle se révélait difficilement franchissable.

Aussi, dès l’approche du chantier des femmes, je me composais des airs détachés, distants, un brin flegmatiques. L’attitude blasée, désabusée même de qui se sent suffisamment cuirassé contre ces sortes de tentations. Une attitude qui ne trompait cependant personne. Qui  a pu voir et entendre  les plus dévergondées d’entre les ouvrières, celles à qui rien n’échappait, s’amuser ouvertement de cette conduite, comprend combien il m’était difficile de dominer mon malaise. Elles ne se privaient aucunement d’échanger tout un tas de sous-entendus sachant bien que je feignais de ne pas les comprendre. Un jour même, comble d’impudence, tortillant  outrageusement son fessier devant mon nez, la plus délurée de l’équipe me dit  sur un ton qui se voulait sérieux : « Alors! Comment le trouves-tu aujourd'hui ? Est-ce qu’il répond tout à fait  à ta convenance? Et d’enchaîner sous les rires de ses coéquipières: Bien entendu je  parle de mon travail ! Parce que pour ce qui est du reste, je doute que l’une de nous puisse un jour te faire apprécier ses autres qualités!  

‒  Ne perds donc pas ton temps! avait aussitôt renchéri une coéquipière, tu ne sais encore  pas que ce sont des eunuques absolument inoffensifs qui surveillent les harems ? Si j’ai un conseil à te donner c’est de te contenter de ton mari. Il est assurément  moins jeune et moins beau, il sent  moins bon, mais lui au moins ne tourne pas aussi longtemps autour du pot. Pas besoin de le provoquer. Il sait se servir sans que tu  aies besoin de lui  proposer tes services! »  

Sans me départir de mon calme, je m’étais contenté  cette fois encore de poursuivre mon travail de vérification.
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Grostefan Alain le Jeu 11 Mai - 17:05

LUCIEN
Beau récit. Surveiller un chantier de femmes est des plus délicats.
Moi c'était "l'année des haricots". J'étais jeune. Cette année-là il y avait eu une récolte de haricots blancs secs. Un petit chantier d'une dizaine de femmes, elles étaient chargées du tri (séparer le bon grain de l'ivraie comme disent les érudits). J'étais là afin d'éviter qu'une partie de ces graines ne disparaisse sous quelque vêtement servant de cachette. En général ces femmes - jeunes et moins jeunes - bavardaient tout simplement. Parfois l'une d'elles se mettait à chanter. D'autres s'y mettaient aussi. Cela détendait l'atmosphère. C'est là que certaines des plus âgées, avec un sourire complice ont commencé à chanter en prononçant des "nqo" à plusieurs reprises. Toutes se sont mises à rire pensant que je ne comprenais pas ce mot berbère. Je suis resté de glace leur laissant supposer que je n'avais rien compris. Mais j'ai saisi qu'elles exprimaient par un simple chant leur frustration sexuelle.
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Lucien Calatayud le Jeu 11 Mai - 18:55

ALAIN
En Berbère il aurait fallu dire "aouid nquo". Embarassed
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Admin le Ven 12 Mai - 18:08

Lucien...,

Ton extrait mérite bien que l'on s'attarde à la lecture de ce passage...

Il m'a rappelé mon histoire avec Zorha.... je l'ai déjà racontée, aussi je ne me répéterai pas...
Finalement, ce sont de (très) bons souvenirs...Merci Lucien.....cheers

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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Mar 16 Mai - 19:52

Salut Lucien et je viens de lire ton recit plus haut et je n'ai pas ete offusquee du tout.... Very Happy J'aimerai bien ecrire le francais comme cela et comme d'autres l'ecrive dans le site...et pourtant je fais des efforts en lisant enormement des bouquins en Francais.
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Lucien Calatayud le Mar 16 Mai - 20:59

GHISLAINE

BIS
Un grand merci pour tes appréciations.
Ne désespère surtout pas pour ce qui est des progrès en écriture parce que, comme on dit, " C'est en forgeant qu'on devient forgeron". De même que c'est en faisant des gammes qu'on devient musicien. De toute manière, quoi qu'on s'efforce, on atteint rarement la perfection et on trouvera toujours plus fort que soi en quelque domaine que ce soit.
Toute mon amitié
Lucien
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Re: Mémoires de "Blédars"

Message  Grostefan Alain le Dim 11 Juin - 13:47

LUCIEN a écrit "C'est en forgeant qu'on devient forgeron".
 Et c'est en volant qu'on devient pilote ou taulard. Very Happy
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Re: Mémoires de "Blédars"

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