Cinémas, Films, Affiches de Meknès

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Re: Cinémas, Films, Affiches de Meknès

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Lun 5 Juin - 23:02

La disparition des salles de cinéma



Aujourd'hui avec l'impact ravageur de la télévision et le piratage des œuvres cinématographiques, le cinéma au Maroc se marginalise.
Après le départ des exploitants européens, rien n'a été fait pour enrayer la chute de la fréquentation et pour moderniser les salles dont certaines comme le Caméra font partie du patrimoine culturelle marocain. De nombreuses salles ont disparu à vue d’œil n'ayant guère évolué depuis l'indépendance et ayant été exploitées jusqu'à l'usure. Fauteuils inconfortables, peintures et tentures délavées, sonorisation à peine audible, écrans tachetés, dépendances et sanitaires lamentables au niveau de l'hygiène, films rayés ayant subi de nombreuses coupes au fil de leur exploitation et prix élevés.

Le cinéma étant aux mains de marchands trop occupés à exploiter leurs salles jusqu'à  plus soif. Certains d'entre eux n'attribuant aucun prestige particulier à des salles qui n'avaient de valeur que le temps de leur exploitation.

A mon époque aller au cinéma comportait une part de merveilleux, un charme qui séduisait un public, fasciné par la magie du rideau de scène laissant apparaître les premières images du film, alors que s'éteignaient progressivement les lumières de la salle. Un cinéma qui était devenu un mode de vie avec son rituel immuable , son public constitué d'habitués occupant chaque semaine la même place numérotée.

Comment ai-je pu vibrer dans ces salles où je prenais plaisir à retrouver Errol Flynn, le sabre à la main, Stewart Granger sautant d'une balustrade, Clark Gable gravissant le grand escalier de Tara.

Meknès, citée des oliviers qui foisonnait au temps de mon adolescence de ces Eldorados de la pellicule sombre dans la médiocrité, l'image et le son l'ayant désertée.

Non je ne veux pas pleurer de rage, car me restent des souvenirs me ramenant à des salles où j'étais bien, où j'étais heureux.

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Re: Cinémas, Films, Affiches de Meknès

Message  sandeaux le Lun 5 Juin - 23:28

Je tenais à vous remercier, vous avez été nombreux à penser à ce petit garçon qui regardait une enseigne sur laquelle était inscrite trois syllabes magique CI-NE-MA,  qui clignotait en l'obligeant à fermer les yeux.
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Re: Cinémas, Films, Affiches de Meknès

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Jeu 8 Juin - 15:36

Pourquoi Ciné Atlas investit-il des dizaines de millions de dirhams dans les salles au Maroc?
Le 7 Juin 2017

L’entrepreneur, producteur et distributeur français Pierre-François Bernet a déjà mis 10 millions de dirhams sur la table pour la rénovation du cinéma Colisée à Rabat. Il s’apprête à en faire autant pour l’ouverture d’une salle à Agadir, puis dans les agglomérations de plus d’un million d’habitants.
C’est une petite révolution pour le secteur de l’exploitation de salles de cinéma au Maroc. Le groupe français Chrysalis Films, présidé par le producteur et distributeur Pierre-François Bernet, a créé Ciné Atlas Holding dans le but de rénover et de créer une dizaine de salles de cinéma en cinq ans au Maroc et ailleurs en Afrique.
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Réponse de Claude Sandeaux

Monsieur,

J'ai baigné lorsque j'étais enfant dans un imaginaire débridé sorti d'une boite à merveille, le cinématographe. tout a commencé à Meknès, Maroc où j'allais m'éveiller dans la salle de mes parents, le cinéma Caméra.
Le Caméra étant devenu une référence. Sa fresque Art Déco, véritable vitrine ouverte sur l'histoire du cinéma continue à faire rêver, ceux et celles qui avaient coutume de se payer une toile dans mon cinéma.

Rapatriés dans le sud de la France, nous avons découvert le cinéma de l'exode, le Majestic à Nîmes, un immense vaisseau parti à la dérive où le soir de semaine les spectateurs s'y perdaient. Il a fallu du temps et de l'huile de coude pour faire du Majestic une salle de prestige, le son et l'image ayant retrouvé des couleurs.

Retraité, j'ai rejoint mes enfants aux États Unis, mon fils, Claude junior ayant obtenu un diplôme à l'université de Seattle, de réalisateur. Mais difficile pour lui d'envisager une carrière dans une profession où le pouvoir est aux mains des majors compagnies.
Sachant que vous avez décidé de vous investir dans l'achat de salles de cinéma, je souhaiterais que vous puissiez vous rendre à Meknès afin de visiter le Caméra, je crains que cette salle et sa fabuleuse fresque disparaissent pour laisser la place à de gigantesques tours de béton.
L'écran du Caméra a été pour moi un lieu magique et je ne souhaiterai pas que cela se termine par un arrêt sur l'image.

Cinématographiquement vôtre
Claude Sandeaux
Des photos ont été jointes à cette lettre.
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Re: Cinémas, Films, Affiches de Meknès

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Jeu 8 Juin - 17:14

Suite aux nombreuses questions que vous m'avez  posées au sujet de l'Empire et de ma famille, voici l'explication du pourquoi de la réussite de mon grand-père,
Comment une famille qui avait jailli des confins du ghetto turc, une famille composée de grecs de seconde zone, devenue anonymes, perdue dans le pandémonium anatolien a fini par créer un petit " Empire" cinématographique.

A leur arrivée à Meknès, mon grand-père sentit que l'environnement leur était hostile, après tout, ils ne parlaient pas la langue. Ils continuèrent à se comporter comme ils l'avaient fait en Anatolie, en revêtant le masque de la déférence et se confondant avec la population. Avide de réussir sans savoir ni où ni comment, c'est sur la place El Hédine ornée de deux portes monumentales, Bab Mansour et Bab Jama el Nouar, que Cosme, mon grand-père décida de faire connaitre son gramophone, cette  révolutionnaire machine parlante dont on pouvait savourer le son. Il comprit vu l'enthousiasme des badauds qui suivaient avec intérêt les mélodies, en reprenant en chœur les complaintes que l'affaire promettait d’être dés plus rentable.

Pièce par pièce, il se constitua un pécule confortable lui permettant d'acheter des mules afin d'approvisionner en vivre, en cigarettes et en chocolat l'armée française engagée dans des opérations de pacification. Les tribus rifaines sous l'impulsion d'Abd-El-Krim s'étant mises en dissidence contre le pouvoir du Sultan Moulay Youssef et les forces coloniales d'occupation. Ce sera le début de la guerre du Rif qui durera jusqu'en 1926 et ce sera le début de la réussite financière de Cosme qui après avoir amassé assez d'argent décida de s'installer définitivement à Meknès en prenant en gérance la Société Anonyme Marocaine d'Approvisionnement ( la SAMA ), en achetant une épicerie et un bar le Mondial qu'il transforma en cinéma. Le Mondial sera l'antithèse de ses souffrances, il sera sa réhabilitation.
Les Xanthopoulos

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Nos salles de cinéma

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Ven 9 Juin - 20:17

Suite à un message adressé à Claude par un ami de Meknes, Bernard Ruet

Mon Grand Père qui a œuvré auprès de Lyautey pour la pacification du Maroc nous disait qu'ils avaient  beaucoup apprécié le fait qu'au fur et à mesure que la pacification avancée les Grecs s'installaient avec leurs épiceries et leurs quincailleries. Ils ont de cette manière contribué à conforter le développement en marche de ce pays que l'on tant aimé. J'ai quitté le Maroc en 1970 après avoir  résidé mes sept dernières années à Erfoud et j'ai laissé à Ksar Souk, Mindel et… les famille Grecs dont mon Grand Père alors Gouverneur du Tafilalet à Ksar Souk avait favorisé l'installation de ces mêmes familles.
Avec mes parents nous avons vécus de nombreuses années 1940 à 1950 à Tounfit (ou je suis né), Itzer et Midelt,  notre source d'approvisionnement était les magasins/épicerie/bar (lieu de rencontre des Français) des Grecs Caldis, Katcicas…

Ces souvenirs sont pour moi des moments heureux

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Re: Cinémas, Films, Affiches de Meknès

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Jeu 6 Juil - 15:32

Il était une fois la comédie musicale.


Il y a toujours une chanson ou une musique de film qui demeure à chaque instant vivace dans notre mémoire. Plus nous les écoutant, plus nous les aimons.Qui n'a pas fredonné " Singin'in the rain " interprétée par Jimmy Durante et Judy Garland. Qui n'a pas dansé le Disco en écoutant les Bee Gees et en imitant  John Travolta dans La Fièvre du samedi soir. Qui n'a pas rêvé de Mary Poppins, cette nurse descendue des nuages, dotée de pouvoirs magiques, nous entrainant sur les toits avec ses amis ramoneurs dans un ballet nocturne. Qui n'est pas tombé amoureux de Natalie Wood, dansé avec Rita Moreno dans West Side Story ou participé au festival de Woodstock à la rencontre de Joe Cocker, de Santana et de Jimi Hendrix, festival dédié à la joie, l'amour et la paix. Qui n'a pas voulu assouvir sa soif de danse en se surpassant à la manière de Fred Astaire et de Gene Kelly dans Papa longues jambes et Un américain à Paris.

Difficile d'oublier la chanson leitmotiv du Train sifflera 3 fois " Si toi aussi tu m'abandonnes chantée par la star du country Tex Ritter, nous ramenant à l'age d'or du western dans une Amérique où le colt était le seul argument qui comptait. Ces musiques de films accompagnent mes souvenirs depuis les sifflets du Pont de la rivière Kwai, en passant par l'harmonica de Il était une fois dans l'ouest, la cithare du Troisième homme ou le déhanchement d'Elvis dans son numéro de rock fulminant dans Le Rock du Bagne.

Comment ne pas penser au strip-tease de Kim Basinger sur la musique de Joe Cocker, à la robe moulante de Marilyn chantant " I wanna be love by you " dans Certains l'aiment chaud, merveilleux film rendant hommage aux comédies burlesques des années quarante. Qui n'a pas eu envie de danser le sirtaki avec Zorba le Grec au son de la musique de Mikis Theodorakis, aucun Grec jusqu'ici n'ayant pas eu l'air plus grec qu'Anthony Quinn. Qui n'a rêvé de se retrouver au Rick's Café à l'écoute de " As time goes by "interprétée par Dooley Welson dans Casablanca. Qui n' pas fredonné "Over the rainbow" en compagnie de Judy Garland, de l’épouvantail,  de l'homme en fer-blanc et du lion peureux à la recherche de la route de brique jaune.

Tout est possible grâce au génie de ces grands réalisateurs, musiciens, compositeurs, producteurs et de ces équipes inventives et compétentes de chorégraphes. Merci à Cole Porter, à Stanley Donen, à Gene Kelly, à Fred Astaire, Vincente Minnelli, Jérôme Robbins et Robert Wise, à Arthur Freed et Busby Berkeley d'avoir porter à l'écran des comédies musicales, sources d'optimiste et de gaieté et d'avoir fait surgir la magie du beau.

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Re: Cinémas, Films, Affiches de Meknès

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Sam 15 Juil - 18:12

Mes années 40

Ce sont les films en noir et blanc, en couleurs et sur écran panoramique. Ils m'ont invité à découvrir Humphrey Bogart dans le Faucon Maltais et Le Trésor de la sierra Madré, Greer Garson dans Madame Miniver, Les Enfants du paradis de Marcel Carné, Les Marx Brothers dans Une Nuit à Casablanca, Citizen Kane, l'un des chefs d’œuvre majeur du cinéma.

En le réalisant Orson Welles allait rompre avec l'esthétique d'Hollywood, en créant un nouveau langage cinématographique. Le film raconte la vie d'un homme célèbre de sa jeunesse à sa mort. Il traite de l'histoire des médias et attire l'attention sur le danger que constituent les médias de masse qui ne montrent pas la réalité mais la construisent. Citizen Kane, c'est l'histoire d'un homme qui veut diriger le monde et tirer parti de sa puissance pour adapter la réalité à ses désirs. C'est l'ascension et le déclin de cet homme, aussi grand dans la réussite que dans la défaite.

François Truffaut loua le film: Un hymne à la jeunesse et une méditation sur l'age, un essai sur la vanité de toute aspiration humaine et en même temps un poème sur la déchéance et derrière tout cela une réflexion sur la solitude d'homme hors du commun. Après avoir vu et revu Citizen Kane, il m'est difficile de ne pas faire une comparaison avec ce que nous vivons actuellement en France. Citizen Kane ressemble étrangement à un homme hors du commun, jeune et vaniteux, devenu ce qu'il est grâce aux médias de masse qui l'ont construit, un homme de pouvoir tirant parti de sa puissance pour adapter la réalité à ses désirs et qui nous prépare une France en marche.

Certains films résonnent en moi pour me rappeler l'épopée des Chevaliers de la table ronde revue et corrigée par la M.G.M. En réalisant Sueurs froides et Psychose, Hitchcock allait me faire entrer dans son univers mystérieux, dans un gigantesque tourbillon où la réalité devient rêve et l'anxiété désir. J'allais pour ma part rêver de désir en redécouvrant la Marilyn de mes premiers fantasmes, une Marilyn à la fois naïve, sensuelle et frivole dans Chérie je me sens rajeunir, dans les Hommes préfèrent les blondes, dans 7 ans de réflexion et Certains l'aiment chaud. Difficile d'oublier Brando dans son maillot de corps  trempé de sueur devenant une icône sous la houlette d'Elia Kazan dans Un Tramway nommé désir, Zapata et Sur les quais, James Dean le rebelle symbole de la jeunesse dans A l'Est d'Eden, La Fureur de Vivre et Géant et Elvis devenant l'idole des rockeurs avec ses genoux tremblants, ses narines palpitantes et ses moues boudeuses dans Le Rock du bagne et Bagarre au King Créole.

Lors d'un arret sur l'image, mon voyage cinématographique m'a déposé à Black Rock à la rencontre d'un homme est passé, je me suis ensuite penché sur le mental de Humphrey Bogart confronté à ses faiblesses dans Ouragan sur le Caine tout en écoutant Jean-Luc Godard me racontant à sa manière la vie d'un voleur de voitures dans A Bout de souffle, puis je me suis laissé embarqué à jouer le voyeur impénitent en danger de mort à cause de mes observations dans fenêtre sur cours d'Hitchcock. Je suis allé à la rencontre des vrais héros, ceux qui ne meurent pas, ceux qui ont fait du western une légende et quand la légende est plus belle que la réalité on imprime la légende.

Cette légende c'est John Wayne dans L'Homme qui tua liberty Valance. C'est Le Dernier train de Gun Hill avec Kirk Douglas et Anthony Quinn. C'est Paul Newman dans le Gaucher, Alan Ladd, l'une des figures les plus légendaires de l'ouest américain, impassible, secret, assoiffé de justice dans l'Homme des vallées perdues. C'est la violence rarissime qui s'empare de William Holden et de sa bande dans La Horde sauvage réalisée par Sam Peckinpah. C'est Burt Lancaster réglant ses comptes à O.K. Corral, C'est le courage d'un homme seul abandonné par ses concitoyens dans Le Train sifflera 3 fois. C'est Natalie Wood en jeune indienne prisonnière du désert. C'est les 7 Samouraïs à la sauce western réunissant Yul Brynner, Steve McQueen, Charles Bronson, James Coburn et Eli Wallach dans les 7 mercenaires. C'est Clint Eastwood arrivant de nulle part et s'en repartant pour ailleurs dans l'Homme des hautes plaines.

Ce sont ces légendes vieillissantes sur le point de disparaitre racontant l’héroïsme au quotidien de familles entières immigrant quelque part dans les Rocheuses, traversant plaines et montagnes. Des légendes racontant l'histoire d'un cow-boy, d'un cheval, d'une Winchester remontant la piste des géants. Une histoire reprise pour quelques dollars de plus  par Cinécitta dans des westerns paellas ou spaghettis par Rob Robertson alias Sergio Leone.   

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Re: Cinémas, Films, Affiches de Meknès

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Mar 18 Juil - 19:38

Meknès 1940


A meknès , en 1940, nous accompagnons mon père mobilisé dans les Mehallas Chérifiennes, les goums mixtes marocains dans la région d'Aguelmous-Oulmès, sous les ordres du Colonel Guillaume et du Commandant Leblanc.
Ce fut le temps de l'incertitude car la guerre risquait d’être longue et meurtrière. Nous savions que mon père allait être dirigé sur la Tunisie, puis en territoire libyen pour contenir l'avancée des troupes italiennes, comme le feront de nombreux français d'Afrique prêts à se sacrifier pour libérer la France et comme l'avaient déjà fait leurs parents en 14-18. Ces poilus venus d'Afrique patrouillant dans les trous de la Somme ou dans les cratères de Verdun, s'emparant au clairon du moulin de Souain, une nuit sans lune, sous la grêle de la mitraille et sous les crachats des mitrailleuses.

Dans une guerre qui pourrissait tout avec son lot de cadavres et de corps éclatés. Souvenirs de ces poilus venus d'ailleurs, nos grands-parents tombés en terre de France pour affranchir le monde de la violence et de l'iniquité.

Nous vivions à une époque où la voracité avait entouré le monde d'un cercle de haine en nous faisant entrer au pas de l'oie dans la misère et le sang. De cette époque, j'ai conservé des souvenirs, on entendait parler de l’héroïsme des Anglais qui tenaient tête aux nazis, de l'extermination du peuple juif, traité comme du bétail destiné à la boucherie au non d'une doctrine raciste et d'un dictateur cynique et brutal, Adolphe Hitler, prophète de malheur venu sur terre pour saccager le monde. De la guerre, je n'ai pratiquement rien vu, rien subi en dehors de quelques privations. Il était donc écrit que j'allais la vivre en spectateur vibrant aux visions des batailles du désert, aux premières explosions qui illuminaient les écrans du Caméra et de l'Empire. De ma place, j'assistais à la progression des armées alliées humiliant la fanatisme et l'orgueil des nazis déjà mis à mal par Charlie Chaplin dans le Dictateur. Me revient à l'esprit le débarquement à Port Lyautey de l'armée américaine. C'est à cette époque que débarqua un jeune conscrit prénommé Audie Murphy qui deviendra suite à ses exploits lors du débarquement en Sicile et en Provence, le soldat le plus décoré des États-Unis.

L'Amérique aimant les héros, Hollywood décida de se l'octroyer. Audie Murphy interpréta quelques westerns fort réussis ainsi qu'un film retraçant ses exploits, L'Enfer des hommes.
Le cinéma fut le reflet de ces époques. A l'Ouest rien de nouveau de Lewis Milestone d'après le roman d'Erich Maria Remarque révéla l'atrocité de la guerre des tranchées.
Attaque de Robert Aldrich avec Jack Palance et Lee Marvin, Cote 465 d'Anthony Mann avec Robert Ryan et Aldo Ray, La Gloire et la peur avec Gregory Peck,
Aventures en Birmanie de Raoul Walsh développèrent l'histoire d'hommes pris dans un conflit qui les dépassa. La guerre au cinéma fut traitée de bien des façons, sous forme de reconstitution dans Le jour le plus long, La Bataille des Ardennes et Le Pont de la rivière Kwai. Sous forme d’œuvres antimilitariste dans Les Sentiers de la gloire réalisé par Stanley Kubrick où le monde des simples soldats n'était pas compatible avec celui de leurs supérieurs trop pressés de prendre du grade.
Sous forme de propagande et de désinformation dans Avoir 20 dans les Aurès, La Bataille d'Alger et R.A.S.
Difficile de ne pas mentionner La Grande illusion de Jean Renoir avec Erich von Stroheim en officier allemand, La Grande parade de King Vidor, deuxième recette du cinéma muet après La Naissance d'une nation.
George C. Scott dans Patton, Sergent York d'Howard Hawks, La 317e section de Pierre Shoendoerffer avec Jacques Perrin,que le metteur en scène dirigea par la suite dans Le Crabe tambour et L'Honneur d'un capitaine.
Voyage au bout de l'enfer de Michael Cimino, Platoon film autobiographique qu'Olivier Stone réalisa après avoir été blessé et décoré au Viét-nam, Les Canons de Navaronne de J. Lee Thompson avec Gregory Peck, David Niven et Anthony Quinn,
Le Bal des Maudits avec Marlon Brando en lieutenant allemand prenant conscience des atrocités et des horreurs de la guerre,
Les 12 salopards, Stalag 17 l'un des films préférés de son auteur, Billy Wilder mêlant l'humour, l'émotion et le drame à partir d'un film sur les camps de prisonniers et Rambo first blood, un film sur le traumatisme subi par les combattants de retour du Vietnam et dont leur réintégration dans la société civile était loin d’être acquise.

Certains films ont apporté une contribution importante contre l'Allemagne nazie, le communisme et le fascisme. Ils ont été bien plus qu'un simple outil de propagande, ils n'ont pas raconté les guerres dans ses horreurs mais ont traité de la résistance face aux forces du mal.
Ce sont des morceaux de mémoires réalisés par quelques signatures du cinéma mondial où les héros ne sont pas des soldats mais des civils affrontant des situations dramatiques.

Madame Miniver, Réunion en France, Port de l'angoisse, Saboteur sans gloire, Passage to Marseille et Casablanca illustrent parfaitement la situation d'une époque où il était difficile de résister physiquement à l'occupant.

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Re: Cinémas, Films, Affiches de Meknès

Message  Admin le Ven 21 Juil - 20:27

Salut Claude,

Tout ça m'a pris du temps, j'ai cependant tout lu, au fur et à mesure, avec plaisir...!!!

Aujourd'hui, tu parles avec ton cœur d'adulte sur ce que tu as vu ou compris avec tes yeux d'enfant... Ce qui serait intéressant, serait de pouvoir retrouver ses mots d'enfants pour exprimer plus justement ses impressions d'antan, dans son vocable d'origine...Wouaoooh...!!!

Pour exprimer "Hier", le temps qui s'est écoulé depuis, l'éducation, l'instruction, l'apprentissage de la morale, du bien être et du bien vivre..., les formules paraissent plus équivoques, l'interprétation plus mature, mais je pense et j'en suis sûr, qu'au fond de soi même, l'émotion reste toujours aussi vivace et a tout son sens d'origine, tant pis si la spontanéité fait défaut...

C'est bien...., Claude.... Merci pour tout.

Je lis en même temps un roman d'un de nos amis, Luc Yvon, mon pote, pour bien le nommer...J'en ai tiré la même conclusion. Au diable les aigreurs, il y a cette sagesse immuable dans vos cœurs...

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Re: Cinémas, Films, Affiches de Meknès

Message  Grostefan Alain le Sam 22 Juil - 12:11

ANDRE
Je lis également la prose teintée de nostalgie de CLAUDE d'autant plus que je la reçois à titre personnel. C'est sûr, nos esprits sont marqués par tout ce que nous avons vécu. Des souvenirs par milliers dont quelques-uns - enfouis au fin fond de notre mémoire - nous reviennent subitement à l'occasion d'une discussion, d'un événement, d'une image ou d'un coin de ciel bleu. Un simple déclic les fait renaître alors qu'ils étaient tombés dans le domaine de l'oubli.
Quant à "Luc Yvon" il me semble bien le connaître en tant que doyen... Very Happy
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Re: Cinémas, Films, Affiches de Meknès

Message  sandeaux le Dim 23 Juil - 16:41

Certains disent lorsqu'on s'accroche au passé, on se condamne à ne pas avoir d'avenir. Ce passé pour nous expatriés, il faut le protéger, c'est notre identité.Henry Bataille écrivait, le passé est un fleuve qu'on ne remonte jamais, nous nous arrivons à le remonter à travers notre histoire, nos anecdotes. En vieillissant nous transformons cette identité en chant d'amour. L'amour de ce Meknès avec ses avenues, ses cinémas projetant les premiers films de Bardot et ses nombreuses Bardots aux jupons gonflants, à la taille bien serrée que nous draguions à la sortie du lycée. notre identité ce sont ces terrasses où nous dégustions de la kémia avec une nouvelle boisson dans de drôles de bouteilles, le coca, ce jus de punaise qui allait détrôner le Crush, l'Orangina et le Judor, ce sont ses surprises-parties sur fond de Platters et de Paul Anka. Ce sont ses rencontres de water-polo se terminant en batailles rangées au cri de karmouss, kaokao i sardina, son derby de football USDM-ASTF dans un stade survolté. Et ses bases américaines de Kénitra où nous nous rendions en Vespa ou en Lambretta acheter des jeans et les derniers 45 tours d'Elvis. Nostalgie du temps qui passe pour des vieux qui n'ont jamais voulu guérir de leur jeunesse.
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Re: Cinémas, Films, Affiches de Meknès

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Dim 23 Juil - 17:18

Claude avait ecrit qu'il y a des mots, des noms dans la vie qui nous ramènent à des endroits ou nous etions heureux et heureuses.  Meknés nous permet avec ces anecdotes de ne jamais guerrir de notre jeunesse.
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