Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  Admin le Mar 3 Sep - 13:52

"Par esprit sportif.... ???  Peut être...!!! Mais surtout pour le plaisir de la chasse et de ses tableaux éponymes. Je ne dirai pas "on tirait sur n'importe quoi", mais plutôt "n'importe où...!!! et ça rapporter gros...

Le Maroc était un des pays les plus giboyeux d'Afrique.... Pour la plume : perdreaux, perdrix, moineaux (eeeh oui...), cailles et canards, par exemple; pour le poil:  lapins, lièvres, sangliers...pour ne citer qu'eux. Peut être un lion ou deux, deux ou trois panthères.... des suicidaires en fait Laughing 
J'ai encore dans l'esprit quelques histoires de tableaux de chasse mémorables....Ci dessous, en 1928...


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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  Admin le Mar 3 Sep - 14:03

Le pont portugais de Khénifra - 1925

Khenifra - Vue générale depuis l'oued Oum Er Bia
Photographe Arlaud, Georges Louis (photographe) - Date prise vue 1925 (vers)
Crédit photo Ministère de la culture (France), Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, diffusion RMN


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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  jacques merlin le Mar 3 Sep - 18:50

Bonjour à Toutes et à Tous,

Suite :

--------------------


Mardi 3 décembre 1929 -

Ce matin, il faisait très froid. A partir de 10 heures 30, il a fait bon sortir, le soleil brillait.

Mon chapeau blanc (feutre) me rend un service indéniable. Il ne m’a pas quittée d’une semelle depuis que je suis à Khénifra. Ce soir, je l’ai passé au talc.

Je suis tout le temps en sandales, car les routes sont la mort des souliers…


En début d’après-midi, sommes allés, René et moi, à l’Infirmerie Indigène – René avait à y rempli des papiers. Elle est située sur la place du souk, à côté du cimetière arabe.


L’infirmerie étant trop fraîche, je suis allée visiter le cimetière qui n’est pas du tout délimité par des barrières.
Les tombes se trouvent pêle-mêle, sous un tumulus de terre en forme cercueil, avec, sur le dessus, une rangée de cailloux et, aux deux extrémités, un bâton de bois.
Les plus riches ont une pierre tombale en forme de cercueil.

Le soir, de retour, j’ai fait du filet jusqu’au coucher du soleil. Dans deux ou trois jours, ta bande sera presque achevée ma chère Lily – Je me mettrai au mien ensuite.

A la lueur d’une lampe, j’ai lu des journaux, raccommodé quelques petites choses et repassé – ce n’est guère facile car je n’ai qu’un fer, enfin, je m’arrange…

------------------

A suivre...
Cordialement.
J.M.
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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  Grostefan Alain le Mar 3 Sep - 18:57

J'imagine qu'il s'agit de ce genre de fer à repasser vu l'époque du récit.Very Happy 

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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  jacques merlin le Mer 4 Sep - 12:53

Bonjour à Toutes et à Tous,

Attention : Avis de tempête !

Suite :

-----------------------------

Mercredi 4 décembre 1929 -

Hier soir, il y a eu du grabuge, René et le Commandant J. se sont contrés.

Ce dernier s’était immiscé hors de ses compétences, dans le domaine médical qui est du seul ressort de René.


Le Commandant avait effectivement donné un ordre désapprouvé par René. Vers 18 heures, ce dernier l’a informé par écrit, en lui précisant les motifs qui rendaient cet ordre inexécutable !

A vingt heures, le Commandant a fait convoquer René par un planton !
Il s’est rendu au Camp et ils se sont dit des choses aigres-douces…
Puis ce fut le grand déballage, le Commandant a reproché à René différents petits faits pas très réguliers, mais qui, pour René n’étaient que des broutilles…
Ainsi :
- d’être allé porter de la laine dans les environs, pour des tapis, à l’aide d’une auto sanitaire (heureusement pour René qu’on ne m’y a pas vue transportée car c’était une tuile. Il avait pris soin de fermer complètement l’auto…),
- d’avoir transporté des tapis dans une auto sanitaire, du souk à la maison,
- Le Commandant s’est permis d’ajouter « J’ai le regret de vous dire que vos patients ne sont pas bien soignés… Ils sont tous Σ *, et forcément, la médication et le diagnostic ne sont pas difficiles… ».

Ces deux derniers points ne peuvent avoir pour source, que la dame du foyer du soldat qui est l’âme damnée de la Commandante ! Elles ne se connaissent que depuis mon arrivée et sont à tu et à toi. C’est vraiment cochon de sa part ! Elle pourra ensuite venir me dire « Le bon Docteur est vraiment gentil de me permettre de brancher un fil sur l’infirmerie-ambulance, afin que je puisse avoir de l‘électricité au Foyer ».

Étant infirmière à l’infirmerie indigène, elle seule a pu ainsi faire un rapport !

René va lui rendre la pareille :
1/ Il va la priver d’électricité,
2/ Il va la remercier de ses services, car ce n’est pas une infirmière régulière…
Je suis de son avis, il vaut mieux se débarrasser de ce genre de mouchard !

C’est la "Commandante", comme chacun sait, qui gouverne Khénifra et, par la suite, son mari !

Celui-ci, il y a quelques années, n’avait déjà pas été très chic avec René – il lui a un jour reproché, devant le Médecin-Général Grall, de façon désobligeante, de ne pas s’être bien comporté à l’encontre d’un médecin qu’il aurait dû faire coffrer… - René ne le pouvait pas, ce médecin était un camarade de promotion -…
Heureusement pour René, que Grall, lui, le savait…

Aujourd'hui, je suis allée au souk, j’ai acheté des oranges.

Je m’arrête, car le Véto nous a invités à aller chez lui à 18 heures.

-----------------

- * La lettre Σ (sigma), dans le manuscrit, signifie très probablement « syphilitiques ».
- Médecin-Général Grall : premier Directeur du Service de Santé en Indochine - L'Hôpital de Saïgon portera son nom.

-----------------------------

A suivre...
Cordialement.
Jacques Merlin


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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  Grostefan Alain le Mer 4 Sep - 16:39




Père Albert Peyriguère (1883-1959)



D’origine bigourdane, après ses études à Bordeaux, Albert Peyriguère est ordonné prêtre en 1906 et nommé professeur au Petit Séminaire. Brancardier pendant la guerre 1914-1918, il a une conduite héroïque. Blessé très grièvement, il se trouve condamné au repos, ce qui l’amène à un séjour en Tunisie. C’est là qu’interviennent deux rencontres qui vont orienter sa vie. D’abord, il découvre les musulmans et l’Islam. Ensuite il lit la biographie de Charles de Foucauld, due à la plume de René Bazin et qui vient de paraître (1921). Alors, pour lui, « tout s’éclaire » : il décide de consacrer sa vie à vivre cet idéal du p. de Foucauld, il en sera un des tout premiers disciples. Après plusieurs essais, qui le conduisent de Tunisie au Sud-Algérien, puis au Maroc, il se fixe définitivement à El Kbab, village du Moyen-Atlas marocain (1928). Au milieu de cette population semi-nomade, il sera celui qui soigne dans son dispensaire, qui, dans sa pauvre maison, accueille toute misère ; il sera un spécialiste de la langue et de la culture berbères, accumulant de nombreux documents, publiant des articles. Témoin des événements qui vont de l’affermissement du Protectorat avec les combats de la « pacification » jusqu’aux luttes pour l’indépendance (1956), il prendra des positions courageuses, qui le mettront parfois en conflit avec les autorités. Accaparé toute la journée par les malades et tous ceux qui viennent lui confier leur misère, le père Albert ne pouvait cependant omettre de passer des heures en prière devant le Saint Sacrement, en particulier la nuit : « C’était ça la vie du Christ lui-même/ Toute la journée avec les foules, la nuit avec son Père. Que c’est bon de ressembler au Christ ». Cet homme si occupé trouvait le temps d’écrire beaucoup : ses travaux de linguistique ou de recherches théologiques au sujet de la pensée du p. de Foucauld. Plusieurs correspondants lui demandaient d’être leur guide et de nombreuses lettres partaient d’EL Kbab. Le jour de ses obsèques, un jeune d’El Kbab a exprimé en berbère ce que représentait le Père pour eux tous : « Le marabout n’avait pas de femme et d’enfants. Tous les pauvres étaient sa famille, tous les hommes étaient ses frères. Il a donné à manger à ceux qui avaient faim. Il a habillé ceux qui étaient sans vêtements. Il a soigné les malades. Il a défendu ceux qui étaient injustement traités. Il a accueilli ceux qui n’avaient pas de maison. Tous les pauvres étaient sa famille. Tous les hommes étaient ses frères. Dieu, sois miséricordieux pour lui ! » 
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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  Grostefan Alain le Mer 4 Sep - 17:55

Carte des lieux
Pour situer El-Kebab (kebbat par erreur sur la carte)
Le nom véritable est "Mohamed El-Kebab"





El-Herri a été le théâtre d'une bataille le 13 novembre 1914 qui s'est soldée par une sévère défaite française. Les Berbères sous la conduite de Moha ou Hamou étaient 5000 hommes contre 43 officiers et 1187 hommes de troupes.
Pertes chez les Berbères :182 hommes tués. Chez les Français : 33 officiers et 590 hommes tués, 5 officiers et 171 hommes blessés.
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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  Admin le Jeu 5 Sep - 7:48

J'aime bien ces querelles de clocher dans le dernier passage...Presque façon "Cloche Merle"...
La vie ne devait pas être aussi simple que ça dans ces périodes coloniales...!!!
Vivre les rapports de ce carnet de voyage au quotidien est d'un délassement total et très instructif, surtout cette vie dans les bleds, où il fallait tout composer et mettre en place...


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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  jacques merlin le Jeu 5 Sep - 8:23

Bonjour à Toutes et à Tous,

Le facteur apporte du courrier !

Suite :

----------------------------

Jeudi 5 décembre 1929 -

C’est hier soir, en revenant de prendre l’apéritif chez le Véto, que j’ai posté votre lettre ; c’est donc mercredi au soir ; vous verrez le temps qu’elle aura mis. Je l’ai déposée moi-même.

Les matinées sont maintenant très fraîches, mais dès que le soleil tape, il fait bon de rester dehors. Quoique le soleil soit très chaud, il y a quand même toujours de l’air, le climat est très agréable, en ce moment bien entendu. Je me demande ce qu’il doit être en plein été.

Vers midi, le soleil s’est caché, depuis il fait frais, aussi j’ai demandé à l’ordonnance de bien vouloir allumer le poêle.

Le Véto m’a fait porter ce matin, un gigot de mouton et des côtelettes ; de plus l’ambulance nous a fait livrer un poulet que nous avons mangé à midi, réservant les côtelettes pour ce soir et le gigot pour demain. Je lui avais demandé du mouton, car depuis quelques temps, nous n’avons que du bœuf. Le Véto m’a certifié que c’était de la vache, car il n’y a pas de bœufs à Khénifra – cela ne m’étonne plus que cela ait été si mauvais… C’est la seule chose qui pêche…, car côté nourriture, c’est pas mal.
L’ordonnance porte des pots de confiture dans des verres, à 7,50 Fr. J’en fais une consommation formidable. René et Pennet se rattrapent avec le fromage (genre camembert). La moitié d’un camembert pour chacun d’eux à chaque repas ! Ils dédaignent les sucreries, aussi j’en profite.

La grande préoccupation ici, est de manger, je vous assure qu’on ne s’en prive pas.

On commence à avoir beaucoup de légumes maintenant, au jardin des "Renseignements" : radis, salades, épinards, choux-fleurs - c’est un bon commencement.

Je vous envoie dans cette lettre la photo d’un célèbre avocat (le bel Edgar F….).
Cette photo provient du « Journal ». Il est placé au côté du fils de l’ancien président de la République.
A Aulus, il doit faire plus que jamais son petit coq... Dans le journal on vante les qualités du « jeune Edgar F…. »…   
 
          
------------------
A suivre...

Cordialement.
Jacques Merlin
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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  Admin le Jeu 5 Sep - 11:21

jacques merlin a écrit:
Je vous envoie dans cette lettre la photo d’un célèbre avocat (le bel Edgar F….).
Cette photo provient du « Journal ». Il est placé au côté du fils de l’ancien président de la République.
A Aulus, il doit faire plus que jamais son petit coq... Dans le journal on vante les qualités du « jeune Edgar F…. »… 
Ah, je connais... !!! Comment ...?? Un jour, je m'étais amusé sur le Net  à rechercher le plus jeune huissier de France, le plus jeune avocat...etc. C'est ainsi que j'ai découvert "le Bel Edgar F...", ville natale, Aulus . Rien de mal à dévoiler son nom. Si c'est l'avocat dont on parle, c'est Edgar Faure, si c'est du docteur, c'est son père...En l'occurrence, c'est bien du fils dont il est question.
... Edgar Faure, ministre, président du Conseil et de l'Académie Nationale dans ses premières années d'homme célèbre...Il n'était pas encore complètement chauve...


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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  jacques merlin le Jeu 5 Sep - 12:12

Bonjour,

Il s'agit bien en effet, d'Edgar Sandé, qui avait été présenté à ma famille, son père étant en relation avec elle.

Si je me souviens bien, c'est lui qui a affirmé avec humour et grande expérience :
"La meilleure façon de résoudre un problème, c'est, parfois, de l'amplifier"...
Excellente formule que j'ai eu l'occasion d'appliquer à plusieurs reprises, avec grand succès...

Cordialement.
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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Ven 6 Sep - 5:13

En effet Andre la vie dans le bled a cette epoque ne devait pas etre aussi simple et je me rappelle ma grand-mere Lafont en me racontant une partie de sa vie des annees 20 elle avait le sourrire et des larmes. Jacques j'aime beaucoup cette phrase " "La meilleure façon de résoudre un problème, c'est, parfois, de l'amplifier".
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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  jacques merlin le Ven 6 Sep - 8:38

Bonjour à Toutes et à Tous,

suite :
----------------------------

Vendredi 6 décembre 1929 -

Il y a aujourd’hui, déjà un mois que je vous ai quittées – Que le temps passe vite !
Cela ne veut pas dire que je ne pense pas souvent à vous.

La journée a mal commencé par un temps très gris mais pas froid.
Ce matin, je leur ai confectionné avec le gigot, des croquettes de pomme-de-terre comme Angèle sait si bien les faire.
Elles étaient meilleures que la dernière fois. René les a trouvées excellentes, ainsi que Monsieur Pennet – inutile de vous dire qu’ils me l’ont montré en les dévorant – moi aussi, je les ai imités.

A midi, le soleil s’est mis à taper effroyablement.
A la fin du repas, un soldat est venu alerter René qu’un capitaine était tombé en syncope. Ils sont aussitôt partis.
Vers 14 heures, ils étaient de retour pour prendre le café, puis nous sommes partis vers la Table Zaïane –

En chemin, nous avons croisé le Véto sur son très beau cheval qu’il monte à perfection.
Il a exécuté devant nous toute une série d’acrobaties impeccables !
On voit qu’il dresse son cheval comme ses gens, c'est-à-dire à la baguette…
Je l’ai remercié pour le mouton qu’il m’avait fait livrer, hier.
Il m’a dit que si je voulais faire du cheval, il m’en donnerait volontiers un.
...N’ayez pas peur, cela ne me tente pas du tout…

René et lui iront demain tantôt à la chasse, René veut l’avoir à dîner lundi.
Il va falloir que je confectionne un menu – comme dessert, je ferai probablement des crêpes ou pains au lait. N’ayant pas de four, c’est très difficile.

Quand ces Messieurs partent en tournée ou à la chasse, ils sont accompagnés de Morasnis, soldats indigènes armés.
Dans les endroits dangereux, un des Morasnis se sacrifie et part en éclaireur, laissant René et Pennet encadrés de soldats et, à gauche et à droite de la piste, d’autres Morasnis postés à 600 mètres, vous protègent.
L’éclaireur donne aussitôt l’alarme s’il aperçoit un Djich (bande de dissidents armés).
Au premier coup de feu, militaires et escorte vont se réfugier dans des douars, pendant que les Morasnis poursuivent les dissidents.

A certaines heures, les routes ou pistes sont barrées par de longues chaines.
Ainsi une auto ne peut plus quitter Khénifra à partir de 15 heures.
C’est très sévère.

Depuis mon arrivée, les sauterelles ne sont pas venues jusqu’à Khénifra, mais à 10 km d’ici. J’aurais bien aimé en voir.
Dans les journaux, on relate que les dégâts sont considérables, qu’à certains endroits on a ramassé plus de cinq mille sacs de sauterelles ! A Casa on les vendait cinq sous pièce – Vous savez que les indigènes en sont très friands.

René est bien gentil pour moi. Ainsi, ce matin, il m’a apporté le petit-déjeuner au lit, et n’a rien oublié, je vous assure. Il est en bonne santé, mange bien et boit relativement très peu.

J’ai reçu une lettre de Marcelle B. ; son père va très bien, il est actuellement avec Madame à Paris où on lui met un œil de verre. Les deux jeunes sont actuellement à Marrakech. Marcelle est en ce moment grippée.

Mon papier est fini ; c’est bête car il était très fin.


------------------


A suivre...
Cordialement.
J. M.
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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  Grostefan Alain le Ven 6 Sep - 16:34

Une rue de KEBBAB

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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  Admin le Ven 6 Sep - 23:09

Contraste saisissant entre les grandes villes et les patelins du bled dans les années 28/29...Je pense que la photo d'Alain ci  dessus date des années 18 peut être; Mme Derennes nous présente avec son carnet, un coin d'un bled marocain. Vétuste, très campagnard, très peu peuplé (???), vie rustique, où l'article 22 prime..."chacun se débrouille comme il peut..."  
Voici une photo prise à Casablanca, 1 an avant l'arrivée de notre auteur dans les hauteurs de Khénifra...


Le 13 juillet 1928, dans la grande ville de Casa, un concours d'élégance des belles voitures de cette époque. On peut lire en bas : "les voitures défilent rutilantes et alignées devant le tribunes...." Contraste saisissant comme je le disais plus haut...

Sources Gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de france


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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Sam 7 Sep - 4:54

Depuis mon arrivée, les sauterelles ne sont pas venues jusqu’à Khénifra, mais à 10 km d’ici. J’aurais bien aimé en voir. 
Dans les journaux, on relate que les dégâts sont considérables, qu’à certains endroits on a ramassé plus de cinq mille sacs de sauterelles ! A Casa on les vendait cinq sous pièce – Vous savez que les indigènes en sont très friands.


Jacques - Je me rappelle que mon grand-pere lors de nos voyages pour aller en picnic quelque part aux alentours de Meknes, nous parlait souvent des invasions de sauterelles et en particulier une certaine avec des milliers de sauterelles (quand mon pere avait une dizaine d'annees ) et qui etait passee au dessus de sa ferme (Hadj Kaddour) et avait fait pas mal de degats, donc a la meme epoque que mentionne ta maman. Au fait ici dans certains magasins (en general magazins asiatiques) on en vend en boite...
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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  jacques merlin le Sam 7 Sep - 8:05

Bonjour à Toutes et à Tous,

Suite :

--------------------------------

Samedi 7 décembre 1929 -

Encore une de ces journées merveilleuses, un temps très clair et un ciel d’un bleu lumineux.
Je pense souvent à vous et au mauvais temps qui sévit actuellement en France.
Que je serais contente que vous puissiez profiter comme moi de cette température.

Après avoir rangé ma chambre et fait mon lit, je suis allée m’asseoir dans la cour et j’ai fait du filet (j’ai fini ta bande, ma chère Lily).

René est passé vers dix heures et demi, à la maison et nous sommes partis tous les deux au souk, lui pour la visite de l’infirmerie indigène, moi pour acheter des oranges (dix sous pièce) – elles ne sont pas mauvaises.
J’ai assisté à une partie de la visite.
Que de malades aujourd’hui !
J’ai cru que ça n’en finirait pas !
Un vieil infirmier indigène les fait rentrer comme des bêtes, dans une pièce où René est assis en blouse devant une table ; un jeune infirmier indigène lui sert d’interprète et interroge les malades.
Ils ont tous la même maladie* et montrent, par signes qu’ils souffrent des articulations au niveau des genoux et du coude. René les envoie alors à un autre infirmier qui, dans la salle à côté, fait des piqûres.

En revenant, nous avons croisé un Chleuh qui vendait une magnifique peau de chacal pour 35 Frs. René lui a achetée ; elle est encore plus jolie que la mienne qui est en fait une peau de genette qui ornera à merveille, ma chère Maman, bientôt si tu le veux bien, le col de ton manteau.

Je suis bien contente de toujours avoir un chapeau. Il m’a évité de sacrés coups de soleil. J’en ai attrapé un sur le cou ; il a la forme de mon encolure, c'est-à-dire en pointe !
Ma chère Lily, tu devrais venir ici, toi qui aimes tant noircir. J’ai les jambes noires comme du chocolat car dans la cour, j’ai toujours la tête à l’ombre et les pieds au soleil.

Le Véto est venu chercher René vers 13 heures et ils sont partis accompagnés de deux Morasnis.
Ils étaient de retour vers 17 heures avec trois perdreaux qui serviront à préparer lundi le tajine, le Véto venant dîner.
Menu –
Hors d’œuvres : beurre saucisson, radis, olives, salade de pommes-de-terre
Beignets de cervelle,
tajine de perdreaux,
haricots verts,
fromage, orange, confiture, pain au lait.

Je vous envoie cette lettre par bateau, René vous a écrit hier, par avion. Il n’y a donc pas urgence…


Odette

--------------
* Probablement la syphilis (Σ), alors traitée avec l’iodure de potassium (I.K.) et présentant entre autres, ces symptômes.
---------------------------------------------------------------

A Suivre...

Cordialement.
J. Merlin

 
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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  HUGUETTE ROMERO le Sam 7 Sep - 8:40

BONJOUR.
MERCI  JACQUES,
  ......  CE  MENU  DE  LUNDI  ME FAIT  ENVIE !!!!!!!!!!

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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  jacques merlin le Lun 9 Sep - 6:36

Bonjour à Toutes et à Tous,

Le Facteur apporte deux lettres !
Suite :

------------------------

Dimanche 8 décembre 1929 -

Il fait un vent à décorner les bœufs : pourvu que le beau soleil que nous avons eu jusqu’à aujourd’hui, ne nous fausse pas compagnie pendant quelques jours.

Le Père de Kebab devait venir dire une messe, mais au dernier moment il n’a pas pu, aussi ai-je remplacé la messe par des prières.

Le Dr Pennet est parti faire sa tournée hebdomadaire, cette fois-ci à cheval. Je le plains car il n’y est jamais monté et la dernière fois, il a fallu quatre jours pour qu’il se remette de ses fatigues. Il est accompagné de sept Morasnis et d’un infirmier indigène. Il fait aussi ces tournées pour avoir un peu d’argent devant lui.

Après le repas, j’ai accompagné René à la chasse, par un soleil terrible, mais avec quand même de l’air. René a tiré une fort jolie chouette, animal nuisible. Nous avons assisté à son agonie ; elle a contracté les pupilles pour les dilater ensuite de façon surprenante. C’est bien dommage qu’on n’ait pu la conserver vivante.

Nous sommes allés presque jusqu’au pied de la Table Zaïane, environ quatre kilomètres et autant pour le retour. Je n’étais pas du tout fatiguée.
En chemin, nous avons vu un spécimen des sauterelles d’Afrique : elles sont formidables et toutes rouges. Je n’ai jamais vu de sauterelles aussi grosses.
Nous sommes rentrés vers 16 heures. René m’a quittée pour se rendre à l’ambulance.
Pendant son absence, un voisin à qui René avait rendu service, est venu porter un magnifique lièvre… Je l’ai fait mettre en civet par M., l’ordonnance. Nous le dégusterons mardi, car demain, nous mangerons le tajine avec le Véto.


René veut vous offrir quelque chose pour le 1er de l’An ; il ne vous dit pas quoi, mais ne soyez pas étonnés si vous recevez quelque chose…
J’ai reçu ce matin une lettre fort gentille de J-J. Quel brave homme… il n’est pas rancunier comme Cora et, à voir sa lettre, on dirait que René lui écrit tous les jours. Il écrit qu’il va partir pour Bordeaux – D’ailleurs je vous envoie sa lettre et celle de Robert (c’est un poème…).

René m’a rapporté du Cercle, différents livres et trois Illustrations du mois de novembre.
Vous voyez que, même si nous sommes au fin fond de l’Afrique, nous avons à peu près ce que nous désirons.

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Lundi 9 décembre 1929 -

Je me suis levée ce matin de bonne heure, pour mettre le couvert et préparer le repas. Malheureusement cela n’a pas marché comme je l’aurais voulu.
A 11 heures 30, le Véto est venu me demander si nous ne pourrions pas déjeuner de bonne heure, car il devait se rendre à Tadla (200 Km de Khénifra). Je lui ai dit bien sûr que oui, mais comment avertir René qui devait visiter la cuisine des légionnaires ou faire la visite des femmes… A midi, le Véto arrive, nous attendons René jusqu’à midi et quart ; un soldat arrive et l’informe que le Colonel Vétérinaire l’attendrait dans un quart d’heure pour partir à Tadla. Nous nous sommes mis tous les deux à table, René est ensuite arrivé. Inutile de vous dire que ce fut un repas bâclé. Je lui ai plié son dessert : oranges et deux morceaux du plum cake envoyé par le sergent, et il est parti sans avoir presque rien mangé !
Entre temps, nous avons décidé d’aller, samedi je crois, sur la Table des Zaïans. Le Véto et René iront à cheval et moi sur un brêle = mulet. Un Morasni à pied me guidera.
Bien entendu à califourchon avec pantalons, jambières etc. Cela va être bien intimidant. En tout cas, la piste jusqu’au bas de la Table, est tout à fait potable, pas du tout pierreuse – ensuite, pour la montée, je ne la connais pas.
Au sommet on goûtera et chassera.

M., l’ordonnance, est allé se coucher après déjeuner, il avait de la fièvre : un accès de paludisme, probablement.  J’ai fait la vaisselle et suis allée faire un petit tour avec René. Il m’a montré la maison qu’on lui a prise et qui est fort bien, puis nous sommes rentrés dans le Camp ; il m’a amenée à la menuiserie pour me montrer ses deux petites tables marocaines en réparation. 

Odette



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A suivre...
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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  Grostefan Alain le Lun 9 Sep - 9:51

Khénifra : la Table zayane
"RENE", de nos jours, aurait été verbalisé pour avoir abattu une chouette. Cette espèce est protégée. Ce rapace nocturne, contrairement aux croyances populaires, n'est pas nuisible. Il se nourrit de souris, mulots et autres petits rongeurs.
Une chouette commune
Une genette
Un chacal à "chabraque" (cette bande noire dorsale)
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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  jacques merlin le Mar 10 Sep - 8:34

Bonjour à Toutes et à Tous,
Suite :

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Mardi 10 décembre 1929 -

Journée magnifique et nous sommes au 10 décembre ; c’est vraiment incroyable ! Je ne veux pas et je ne peux pas me figurer que nous sommes au cœur de l’hiver. Mes journées se passent toujours au grand air, le matin dans la cour, sans manteau, avec juste mon ensemble de laine.
Hier, j’ai raccommodé des chaussettes de René et les manches de son costume militaire, qui sont tout élimées. J’ai arrangé cela aussi proprement que possible.
Ce matin, j’ai lavé ma robe rose, je l’ai passée à la boule et, ce soir, je l’ai repassée. Cela ne l’a pas beaucoup ravivée, mais enfin elle est propre.

Nous avons mangé le lièvre préparé par M., l'ordonnance. Il était délicieux et je m’en lèche encore les doigts. J’en ai fait garder la moitié pour demain, Peney revenant de ses tournées.
Aujourd’hui, il a téléphoné à René, et celui-ci l’a fait bisquer en lui disant « Tu sais, lundi, nous avons mangé un fameux tagine de perdreaux et aujourd’hui, un lièvre »… Peney lui a répondu « Espèce de cochon, tu ne pouvais pas m’attendre ! ». Il a dû être fou, car il ne se tient pas trop mal à table.

René rentre à l’instant et me remet votre lettre du 8 décembre.

Tu me dis ma chère Maman, que je pourrais faire le bien et seconder le Père de Kebab. D’abord, le Père de Kébab ne convertit pas les Arabes, cela lui est défendu. Son rôle consiste à soigner les indigènes ; donc pas d’influence religieuse, il ne pourrait d’ailleurs pas en avoir. Il est une sorte de toubib. René l’admire beaucoup et ne l’empêchera pas d’exercer sa médecine illégale.

Je suis très étonnée que ma lettre du 26 novembre, ne soit seulement parvenue que le 8 décembre, alors que je les envoie toutes par avion.
Je voudrais te dire, ma chère Lily, que si tu vois mon petit portefeuille, dans lequel je mets les photos, tu y trouveras, je crois, une aiguille à canevas que j’avais achetée avant mon départ. Sois bien gentille de me l’envoyer dans le colis que maman compte nous faire parvenir.

Je poste mes lettres le mercredi soir et le samedi soir, et toujours par avion.



Odette
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Cordialement.
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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  christiane gérard le Mar 10 Sep - 8:40

Postée le 8 décembre à Bordeaux,la lettre est arrivée le 10 à Khénifra !!!!c'est plus rapide qu'actuellement!!!

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Amitiés Christiane

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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

Message  CONRAD-BRUAT Xavier le Mar 10 Sep - 9:02

jacques merlin a écrit:...
Il s'agit bien en effet, d'Edgar Sandé, qui avait été présenté à ma famille, son père étant en relation avec elle.
...
Vous savez tous, bien sûr, d'où vient ce pseudo "Edgar Sandé" pour signer ses romans policiers ? Very Happy
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Re: Le Journal d'Odette Derennes, Khénifra 1929

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