Nos écoles primaires du bled

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Re: Nos écoles primaires du bled

Message  Lucien Calatayud le Mar 4 Sep - 15:58

JIMMY

Sais-tu que Pétain était le parrain du fils de de Gaulle. C'est peut être pour cette raison qu'il l'a gracié.
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Lucien Calatayud

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Re: Nos écoles primaires du bled

Message  Lucien Calatayud le Mar 4 Sep - 16:06

Salut tout le monde

Puisque nous voilà plongés dans la dernière guerre, je vous propose un second fragment de mon histoire intitulée « Maréchal nous voilà ». Rassurez-vous, il sera le dernier que je posterai sur le sujet. Complétant la première partie il devrait intéresser ceux qui n’ont pas ou très mal connu cette période. Peut être même y trouvera-t-on matière à soulever quelques polémiques.


Nouvel extrait de « Maréchal nous voilà » :


Plus personne ne faisait confiance à personne. La délation devenait même monnaie courante. Plus question d’exprimer librement des idées en trop nettes contradictions avec celles les plus couramment répandues et les plus généralement admises, celles liées par principe au pétainisme. C’était encourir le risque de se voir reléguer dans la horde des infâmes dissidents, des traîtres, réfractaires au régime vichyssois en place.

Et tandis que les lancinants appels de plus en plus chevrotants d’un maréchal que l’on devinait usé, à bout de course, épuisant ses dernières forces à ressasser les mêmes infinies promesses « de jours meilleurs, bâtis avant tout sur une pleine obéissance des directives gouvernementales , des orientations mûrement réfléchies et très soigneusement élaborées» ou quelque chose d’approchant, voilà que d’autres accents, éraillés et traînants ceux-là, qui n’en finissaient plus d’étirer chaque mots comme pour en mieux imprégner les cerveaux, se mettent à leurs tours à percer les ondes. Ces récents accents enjoignaient tout patriote, où qu’il se trouve et quelle que soit sa condition ou son âge, à rejeter toutes législations décrétées par une autorité pleinement soumise aux dictats d’occupants. Cette nouvelle voix invitaient de plus le patriote à rallier certaines forces secrètes, dissidentes certes mais combien prometteuses d’héroïsmes et par là même, de victoire finale.

Loin de faire l’unanimité, d’adoucir les difficultés et les peines, moins encore de faire taire les animosités, ces appels ne contribuèrent tout au contraire qu’à radicaliser davantage les tensions:

« Ce n’est qu’un félon, un déserteur clamaient ceux qui accusaient un certain général de Gaulle d’avoir abandonné le combat.

- Il est de la race des héros! Qui donc si ce n’est cet homme peut détenir la clé d’une possible victoire ! » S’insurgeaient tout aussi vertement d’autres.

Tout le monde bien sûr avait connaissance de l’existence de ces soldats dits « de l’ombre ». Tout le monde aussi savait que ce n’était là qu’une armée continuée de seuls partisans francs tireurs tapis dans des maquis. Force est cependant d’admettre que cette clandestinité n’inspirait le plus souvent que défiance. Conduits souvent à n’agir que par surprises, que par embuscades, ces maquisards (c’était ainsi qu’on les désignait) soulevaient autant de condamnations qu’ils ne suscitaient d’approbations. Pour les uns chaque action de ces francs-tireurs ne relevait que du seul désir de se faire valoir, peut être même d’éprouver leurs seules capacités d’héroïsme. Des procédés largement condamnables dès lors qu’ils conduisaient à de sanglantes représailles tout aussi inhumains. Pour d’autres, bien au contraire toutes les opérations menées ne pouvaient être guidées que par pur patriotisme et dans la plus totale abnégation de sa personne.

Qu’importait ces divergences d’appréciations, chez les maquisards on se devait de ne reculer devant aucun péril. Dès lors qu’il s’agissait de faire barrage à un quelconque mouvement des armées occupantes le devoir commandait de ne ménager ni la manière ni les conséquences. Sabotages, destructions d’ouvrages d’art routiers et ferroviaires, élimination sommaires d’individus accusés de collaborationnisme ou de simple traîtrise, règlements de comptes personnels hélas parfois, autant d'actions qui ne s’inscrivait plus que dans les rubriques de faits divers, entraînant malheureusement tout autant d’opérations répressives. Prises d’otages, jugements sommaires, déportations, exécutions et combien d’autres exactions toutes aussi arbitraires avec ce qui en découlait de flots de larmes, d’accroissement de haines et de vindictes. En même temps que, diffusées du plus loin, des paroles d’espoir et d’incitation à la résistance ne désarmaient pas :

« Nous n’avons perdu qu’une bataille mais non la guerre » clamaient-on sur des ondes presque inaudibles, troublées qu’elle étaient par quelques savants systèmes de brouillages.

C’était à y perdre chaque jour un peu plus son latin. En pareil imbroglio bien malin qui aurait pu départager le vrai du faux, le bon du mauvais, le réel de la manoeuvre de propagande ou de « l’intox » comme il se disait?

A la maison, nos parents devaient bien se faire une idée de tous ces évènements mais ils n’en parlaient plus qu’entre eux. Sans doute préservaient-ils le foyer de risques d’indiscrétions comme il arrive aux enfants d’en commettre. Une chose est sûre, leur belle certitude de victoire paraissait en avoir pris un bon coup dans l’aile, selon l’expression.

Quant à nous, en parfaits patriotes plus que jamais résolus à le faire savoir, mon frère, ma soeur et moi-même continuions de manifester à notre façon l’indéfectible attachement qui nous liait à l’homme au képi d’or. Le seul qui, de par sa prestance et son glorieux passé avait acquis notre absolue confiance

Chose surprenante cependant, nous ne découvrions plus chez notre instituteur les mêmes exaltations des tous débuts du conflit. Sans raisons avouées, ses élans d’hier, les nobles sentiments de patriotisme qu’il avait si bien su nous insuffler, paraissaient s’être même considérablement émoussés.

Qu’importe, cette attitude, nous mettions un point d’honneur à faire connaître à tous ceux que nous croisions, que nous-mêmes étions faits d’un autre bois que la plupart de nos aînés à l’esprit par trop versatile. Aussi est-ce avec le même parfait enthousiasme que nous entonnions ce merveilleux chant qui avait si souvent fait vibrer les murs de la classe. Il fallait nous entendre pousser, que dis-je, hurler à tue-tête et dans un impeccable ensemble : « Maréchal, nous voilà …Tu nous as redonné l’espérance…! » Nous y mettions une telle conviction qu’aucun de nous n’était loin de croire qu’il n’aurait eu qu’à forcer un peu plus sur ses cordes vocales pour stopper net l’assaut de toute une section d’infanterie ennemie. Les notes poussées à pleins poumons à la gloire de l’homme qui trônait toujours en bonne place à la maison secouait si fortement l’atmosphère, qu’affolés, les troupeaux occupés à paître l’herbe aux abords de la chaussée détalaient ventre à terre sans ne rien chercher à connaître de l’origine d’un pareil tapage.

Tous trois traversions le hameau d’un même pas cadencé, tête haute, cartable au dos, en vrais petits soldats harnachés. Au grand étonnement il faut bien dire des rares clients qui conversaient devant la porte du seul commerce existant. Tous en suspendaient leur entretien, se demandant quelle mouche pouvait bien nous piquer si tôt le matin.

Tout au long du trajet qui nous menait de la ferme à l’école, nos pauvres gosiers étaient mis à si rude épreuve que nous franchissions l’entrée de la cour, plus ou moins pris d’enrouements quand ce n’était de complète extinction de voix.

Saisis d’entrain à leurs tours par nos bruyantes démonstrations patriotes, les camarades se joignaient aussitôt à nous. Mettant leurs pas au rythme des nôtres, tous en coeur entonnions le même refrain. Et tout se finissait par de grands éclats de rire et de belles bousculades.

Une étrange et fort désagréable surprise devait toutefois nous attendre.

Alors que, fidèle à notre habitude, scandant l’éternel chant nous nous dirigions tout droit vers l’école, c’est l’instituteur en personne qui, s’étant ce matin là précipité à notre rencontre nous empoigne et nous secoue l’un après l’autre. Furibond autant qu’empêtré dans ses mots, continuant néanmoins de nous malmener, il nous hurlait très fort au visage:

« Mais bande de petits crétins! Quand donc cesserez-vous cette mascarade ridicule autant qu’imbécile? Personne dans votre milieu n’a encore compris que tout cela est fini, bien fini? Personne chez vous ne lit jamais la presse ou n’écoute le « poste » ? C’est de la pure inconscience ! On ne chante plus ce genre de chose! Cherchez-vous vraiment à vous attirer et à nous attirer des ennuis? »

Décidément, le climat n’était plus du tout celui auquel ce même homme nous avait acclimaté. Nous étions loin du temps où, affichant toutes les apparences d’un curé battant la mesure devant sa chorale paroissiale, les paupières mi close, il s’appliquait à nous instiller le plus gros de son inspiration.

A peine avions-nous franchi le portail que le maître précipite de façon assez inhabituelle l’entrée dans la classe. Nous ayant aussitôt fait asseoir et ayant refermé la porte non sans s’être avisé qu’aucun visiteur indiscret ne rodait alentours, il rejoint en hâte son bureau. Et c’est alors qu’il entreprit de tenir le plus long discours qui lui aura probablement été donné de faire durant toute une carrière :

« Les enfants! -le ton uniforme dénotait déjà d’un certain embarras- nous sommes arrivés … voyez-vous… à un tournant de l’histoire où il nous faut nous apprêter à tourner une page, et surtout apprendre à nous taire, à observer, à réfléchir, à laisser les affaires de l’état reprendre forme. Parce que… voyez-vous… bien malin qui à cette heure peut affirmer que tout est parfaitement en place … En d’autres mots, il nous faut attendre et laisser se démêler le sac d’embrouilles dans lequel personne actuellement n’est en mesure de se retrouver. A l’instant même où je vous parle, notre Mère Patrie semble elle-même se chercher. Hésitante, elle ne sait encore qui de l’une ou de l’autre des personnalités les plus en vue doit être en charge de remettre la grande machine France sur de bons rails. Comment dans ces conditions nous, simples citoyens, pourrions-nous le savoir ? Il nous appartient par conséquent de faire preuve de patience, de laisser tout cela se décanter. Demain… plus tard… nous saurons de quel côté se situent les vérités.

Ah ! Une chose encore, les enfants! Les effigies et autres emblèmes célébrés un temps, n’ont en vérité pour seul objet que d’entretenir le culte d’une personnalité pour une durée donnée. Elles ne revêtent en somme qu’une valeur tout à fait symbolique qui ne peut prétendre survivre à la disgrâce du personnage, si glorifié ait-il pu être en son temps. Parfois même ces symboles ne subsistent que l’espace d’une seule raison d’espérer. Ainsi aujourd’hui, il semble bien plus d’actualité de manifester son allégeance à un certain général : Le général Charles de Gaulle. C’est, prétend-on, le nouvel homme de la situation. Mais sommes-nous tout à fait sûrs de cela ? Chacun comprendra donc qu’il n’est plus du tout recommandé de laisser traîner à la vue de tous, les faïences à l’effigie du « vieillard ». Mieux vaudrait qu’elles se fassent discrètes, le plus discrètes possible. Glissez-en donc un mot à vos parents. Ils comprendront sans besoins de plus d’explications. Mais, de grâce, de la discrétion les enfants… oui, c’est bien cela, de la discrétion ».

De ce discours des plus inattendu nous apparaissait soudain toute l’ambiguïté dans laquelle notre société évoluait ? Ainsi, le bon citoyen d’hier, fervent partisan du Maréchal avaient toutes chance de se trouver subitement montré du doigt, voir accusé de traîtrise, quand les renégats de naguère allaient tout au contraire se sentir renaître et célébrer pour avoir épousé une idéologie hier encore remisée au ban de la société.

Pour simple et seul exemple, l’ami Marcel, celui dont la seule évocation du nom vous installait hier encore un véritable malaise dans une assemblée, celui qui dut se terrer si longtemps on ne savait en quel endroit, attendant que passe l’orage ; eh bien ce même Marcel pouvait à présent clamer haut et fort ses idées, afficher même de manière ostentatoire le comportement du m’as-tu vu tout à fait imbu de sa personne.

Le temps était pourtant proche où disait-on, certains commentateurs égrainaient les noms des principaux récalcitrants en privation de liberté. Le nom de l’ami Marcel sonnait alors pareille à une lâche déloyauté. Raison de plus pour lui de pouvoir s’enorgueillir à présent d’avoir été, comme il le prétendait, « Gaulliste de la première heure », autrement dit aux heures où ces mêmes déclarations vous causaient de vraies nausées chez les inconditionnels du « Pétainismes ».

Tout aussi curieux d’ailleurs était cet autre éberluant constat : ceux-là même qui auraient traîné l’ami Marcel au pilori, se précipitaient maintenant dans l’espoir de se voir accorder une poignée de main de ce même Marcel lequel tendait alors la sienne avec condescendance.

…L’histoire continue mais ce sera tout.
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Re: Nos écoles primaires du bled

Message  Admin le Mar 4 Sep - 16:23

Lucien Calatayud a écrit:JIMMY
Sais-tu que Pétain était le parrain du fils de  de Gaulle. C'est peut être pour cette raison qu'il l'a gracié.
Je ne savais pas... Il ne s'en est pas vanté le grand Général, et surtout son fils... !!!

Dans ton récit ci dessus intervient vers la fin à brûle pourpoint, un certain "ami Marcel"...Est-ce un "sujet" qui représente le personnage typique de l'après guerre, sachant retourner sa veste comme un opportuniste lambda, ou bien, n'ai-je rien compris...???
Dis moi tout.


Dernière édition par Admin le Jeu 22 Aoû - 18:24, édité 1 fois

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Re:Les écoles du bled

Message  MOLL Serge le Mar 4 Sep - 19:55

Pétain et De Gaulle


Ceux qui seraient intéressés d'en savoir plus sur le Maréchal et De Gaulle,je donne ci-après les coordonnées d'un livre où ils apprendront tous les détails.Ni l'un,ni l'autre n'était celui que l'on nous a fait croire:
"L'HOMME QUI FAISAIT SE BATTRE LES FRANCAIS ENTRE EUX" Histoire du Gaullisme , écrit par Roger Holeindre. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
Non seulement Philippe Pétain était le parrain de Philippe De Gaulle(d'où même prénom) Mais il faut savoir aussi que le Maréchal était l'instructeur de De Gaulle et qu'il est intervenu personnellement pour favoriser pour l'obtention du diplôme d'officier de son élève.Puis De Gaulle a été le secrétaire particulier de Pétain qui lui a confié la rédaction de ses Mémoires et il était(Pétain) obligé de remanier très souvent ce qu'écrivait De Gaulle,au point de lui retirer l'ouvrage pour le confier à un autre officier.C'est de là, que De Gaulle en a voulu au Maréchal.
Si vous lisez ce livre,vous ne serez pas déçu de ce que vous apprendrez,tout est vrai,l'auteur s'étant référé à différentes archives officielles et défient quiconque de l'attaquer en diffamation.
Bonne lecture
Serge
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les années noires

Message  René Hermitte le Mer 5 Sep - 9:09

Bonjour à tous

Intéressant tout ce qui s'est dit plus haut sur cette période des années 40 par les uns et les autres..
Moi qui n'était pas né ( et même pas encore une lueur dans les yeux de mes parents... je suis né en 46 juste après la libération ), je serais curieux de savoir ce qui s'est passé à cette époque à Meknès même si l'ami Lucien nous a décrit à demi-mot l'ambiance dans son village.
La tension était-elle la même que sur le continent ? fallait-il faire attention à ce que l'on disait et à qui on le disait la délation battant son plein ( les murs ont des oreilles pouvions nous voir sur quelques affiches dans la France occupée).
J'ai cru comprendre que dans la cité ismaélienne le racisme anti juif était monté d'un cran et que des slogans commençaient à se voir sur des affiches.
Avons-nous quelques témoins pour nous en parler ?
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Re: Nos écoles primaires du bled

Message  Lucien Calatayud le Mer 5 Sep - 11:47

Lucien Calatayud a écrit:JIMMY
Dans ton récit ci dessus intervient vers la fin à brûle pourpoint, un certain "ami Marcel"...Est-ce un "sujet" qui représente le personnage typique de l'après guerre, sachant retourner sa veste comme un opportuniste lambda, ou bien, n'ai-je rien compris...???Dis moi tout.
JIMMY

Je me dois d'apporter quelques précisions : D'une part la majeur partie des Français résidents au Maroc (je ne peux parler que de ceux-là) étaient des pétinistes convaincus et qui le demeurèrent longtemps si ce n'est toujours. Dire qu'ils se souçiaient du sort des juifs serait par ailleurs voiler la vérité. Ca ne faisait ni chaud ni froid. Notre monde ne s'enthousiasmait pas plus que ça non plus entendant de Gaulle prêcher en faveur de la résistance. Les Allemands n'en étaient pas moins haïs. Dire qu'il n'y avait pas de trafic de tous genres entre autre, pas de marcher noir, serait tout aussi faux. Dire en plus qu'il n'y a pas eu de purge dans les hautes sphères de l'administration serait de même travertir la vérité. Enfin ceux qui, de par leurs opinions pétinistes s'étaient vu offrir des postes clés ne se sont pas privés de tenir la dragée haute à ceux de bord opposé. Bien entendu, à la fin des hostilités,on ne manqua pas de réserver "un chien de sa chienne" à ceux qui avaient un tant soi peu abusé de leurs pouvoirs . Le "Marcel" en question n'est en fait qu'une image représentative de ce qui se passait à l'heure du revirement des choses.  Enfin tout le monde sait qu'il n'y a jamais eu de combattants clandestins (maquisards) sur notre sol mais qu'un sérieux affrontement  eut lieu lors du débarquement des américains sur nos côtes atlantiques. Je n'ai par contre jamais eu connaissance d'emprisonnements  sur notre territoire de l'une ou l'autre des personnalités; ni avant, ni pendant ni après les hostilités. Mais attention, j'étais très jeune et  exception faite de certains vécus, je ne prenais  connaissance que par ouï-dire de ce qui se passait ailleurs de mon bled.
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Re: Nos écoles primaires du bled

Message  Lucien Calatayud le Mar 9 Oct - 18:21

Salut tout le monde



Ce petit extrait de mes mémoires, histoire de réveiller la rubrique tombée dans l’oubli.
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L’évènement annuel le plus marquant du village, celui qui, sans ne jamais faillir offrait une longue soirée de réjouissances, celui que nul au village n’aurait voulu manquer, n’était autre que la fameuse fête de fin d’année scolaire.
A l’instar de bon nombre de mes petits camarades, j’appréhendais l’approche de cette manifestation où l’on trouvait toujours un rôle à m’attribuer dans l’une ou l’autre des scènes. Mais cela sentait si bon la fin des tracas!
Peu importait les appréhensions de maman pour qui les grandes vacances étaient synonymes de permanent désordre dans la maison et de crises de nerfs. Liberté et pleins défoulements, voilà ce dont cette fête signifiait avant tout pour les moins doués, au nombre desquels je comptais sans que cela ne me cause de bien grands tourments.
A peine informées du programme, toutes les mères se rendaient dans l’une des villes. Courant les magasins, se mettant en quête du nécessaire répondant aux besoins des scènes, elles revenaient chargées de tissus ou de tous autres éléments de déguisements. Tandis que soumis à de réels efforts de mémoire, sursaturant mes méninges de tout un tas de dialogues, de poèmes, de chants, j’enviais ceux de mes camarades qui s’étaient vu dispensé d’une telle corvée.
Que de répétitions harassantes! Que de soupirs de lassitude et d’exaspération aussi, de la part du corps enseignant tous appréhendant l’arrivée du grand jour. Des heures de réels supplices pour tout le monde. Ce faisant, bien des indices confortaient chez moi cette conviction que je ne possédais nulle prédisposition dans ce genre de chose. Je n’ignorais cependant pas combien de telles aptitudes influençaient l’attribution des meilleurs prix. Parce que c’était aussi l’occasion de la distribution des récompenses, l’instant solennel qui mettait tous les parents en émoi, qui les tenait en halène tout au long de la remise.
Sur quels facteurs déterminants, sur quels critères s’était-on appuyés cette année là? Bien malin qui l'aurait su dire. Toujours est-il que contre toute attente, je m’étais vu attribuer un prix. Peut être ne devrais-je voir là que le rachat des nombreux défoulements que la maîtresse s’était autorisée sur ma frêle carcasse durant toute une année. Mes fesses, mes joues mes oreilles et ma tignasse, méritaient sans doute un petit geste de générosité, une sorte d’acte de rédemption. Toujours est-il qu’à ma grande surprise plus encore à celle de mes parents, je m’étais vu distinguer. Mais pas par l’attribution de n’importe quel prix…Non ! Rien moins que le prix « d’excellence » ! Celui qui s’annonçait avec un certain triomphe, celui qui faisait se précipiter l’élève sur le plateau pressé de découvrir le contenu de ce que le Directeur brandissait à la vue de l’assistance. Une joie bien éphémère, il me faut néanmoins confesser. Quel désappointement en effet que de ne découvrir sous les belles dorures de papier qu’un livre, cette chose que j’avais en horreur. De retour à la maison, trois ou quatre lignes de lecture de la première page m’avaient suffi à remiser l’ouvrage sous une pile de vieux draps tout au bas d’une armoire.
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Re:Les écoles du bled

Message  MOLL Serge le Mar 9 Oct - 22:20

Salut Lucien
Ton récit me rappelle exactement ce que tu as ressenti pour les fêtes de fin d'année.J'avais toujours peur de me tromper et de passer aux yeux de mes camarades pour un imbécile.
Mais le pire,c'est à la distribution des prix,j'avais obtenu le prix d'excellence.Seulement voilà,c'était la fin des classes et le Directeur s'était absenté de la classe et naturellement nous avons mis la pagaille dans la classe,je ne dirai pas quoi,j'en ai encore des remords. Toujours est-il que la femme du dirlo arrive à l'improviste et qui se fait attraper? Moi bien sûr !Mon prix est passé au second de la classe et moi j'ai hérité du sien (Prix d'Honneur). la distribution des prix de toutes les écoles de Fès se déroulait au cinéma Empire.J'avais tellement honte que je me suis bien gardé d'y assister.J'ai su par la suite qu'en plus du beau livre qui m'était passé sous le nez,il y avait à la clé,un voyage à Saint Gaudens,ville natale du directeur. Cela m'a servi de leçon toute ma vie.
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Re: Nos écoles primaires du bled

Message  Admin le Mar 9 Oct - 22:31

LUCIEN,
J'ai eu des récompenses à 2 reprises à l'école. La 1ère fois au CE2 et la 2ème au CM2. Eh bien moi, je les ai tous lus, monsieur... Laughing Laughing
Figure toi que je m'en souviens très bien...je ne me vante pas, c'est vrai.
Le tout 1er...: Carabi, l'histoire d'un petit cheval de bois qui se transforme en prince à la fin de l'histoire et qui emmène sa jolie maîtresse vers un monde meilleur, au delà des nuages... C'est joli...n'est-ce pas...??? Embarassed Embarassed

Puis 3 autres dans le même paquet enrubanné de rouge pour le second prix d'excellence...: Les aventures de Mr Pickwick, bounce bounce "Sans famille" ( hector Malot...???) Sad Sad qui m'a foutu une tristesse pas possible pendant plusieurs jours, quant au 3ème, un "Contes et Légendes de "....je ne sais plus quoi, qui m'a littéralement transporté. sunny sunny
Je suis allé chercher les 3 derniers au Régent... Que d'émotions...!!!
Merci pour le rappel du souvenir...

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Re: Nos écoles primaires du bled

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Mar 9 Oct - 22:39

Bonjour - Lucien - Serge - Andre L. - Vos recits m'ont bien plu et merci et toi Serge tu vois ce qui arrive quand on veut faire le malin....
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Re:Les écoles du bled

Message  MOLL Serge le Mar 9 Oct - 23:14

André
Et bien moi aussi je me rappelle du livre dont j'avais hérité (du second de la classe) :" Si Versailles m'était conté " de Sacha Guitry.Je n'ai jamais su quel livre me revenait si je....???
Allez,je ne vais pas en faire tout un fromage,plus d'un demi siècle après !!!
Serge  
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Re: Nos écoles primaires du bled

Message  Lucien Calatayud le Mer 10 Oct - 9:45

Voici le prix dont il est question.

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Re: Nos écoles primaires du bled

Message  Ghislaine Jousse-Veale le Mer 10 Oct - 23:50

Bonjour Lucien - C'est bien que tes parents aient garde ce livre et toi ensuite. J'ai recu peu de prix mais 2 seulement et dieu seul sait ou c'est . Peut-etre mon pere les a dans son fourbi. Un de ses jours j'aurai acces a toutes ses boites de Meknes et la les larmes vont couler, je sais d'avance...
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Ecole des Ait Yazem

Message  Jean Fillot le Sam 2 Fév - 11:04




Bonjour a tout le monde,
Mon pere etait le Directeur de l'ecole des Ait Yazem de 1935 a 1948 ( Mr FILLIOT)
J'y suis ne ainsi que mes trois freres Jacques, Pierre et Guy.
Vous vous souvenez forcement des avions que mon pere construisait...
Racontez moi vos souvenir
Amities,
Jean
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JEAN FILLIOT " YOGI" DE DAFINA.NET

Message  Richard Brandlin le Lun 4 Fév - 21:08



Bonjour Jean FILLIOT,

C'est un grand jour pour moi,de te souhaîter la "BIENVENUE" dans ce magnifique forum de tous les Meknassis.

Parceque ce jour est le jour de mon anniversaire !!!!!

J'ai été avisé de ta présence,grâce à notre Ghislaine de Vancouver(Canada),ce n'est pas la Pologne d'à côté bien sûr.

Nous avons pas mal d'aviateurs parmis les Meknassis,qui seront heureux de te répondre sur leurs souvenirs de Meknès.

Richard/tarzancasa
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Re: Nos écoles primaires du bled

Message  Lucien Calatayud le Mar 5 Fév - 10:14

JEAN

Tout d'abord MERCI. Ayant fréquenté cette école dans les années 39/40 à 42/43 par là, ces photos me font donc faire un sacré saut dans le passé. Si les installations sont bien celles que j'ai connues, par contre je ne vois pas qui est l'homme qui se trouve derrière le planeur. Ce n'est pas du tout le visage ni la carrure de ton père. Il faut croire aussi que les enfants s'étaient assagis après mon départ, parce que de mon temps on ne jouait guère aux billes. On courait, on sautait, en bref on se défoulait autant qu'on pouvait, avec souvent ton père parmi nous. Et quand l'occasion nous était offerte, on ne le loupait pas avec la balle de tennis. Une façon de nous venger pour les misères qu'il nous avait fait durant l'heure de classe.LaughingLaughing
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Re: Nos écoles primaires du bled

Message  Jean Fillot le Mar 5 Fév - 15:09

Bonjour,
La personne qui est avec les eleves derriere l'avion s'appelait Mr Lesech. Un ami qui aidait a la construction des avions;
encore plus "fada" de tout ce qui volait que mon pere.
- un croquis, de memoire, de l'ecole
- une photo de l'ecole telle que mon pere l'a trouvee en 1935... ca fait loin







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Re: Nos écoles primaires du bled

Message  Jean Fillot le Mar 5 Fév - 18:23

Voici quelques photos de l'ecole des Ait Yazem de ... 2013 ...
L'ecole est squattee oui, mais par une famille qui m'a recu tres tres chaleureusement.
Le preau a ete ferme pour faire une deuxieme classe, un petit batiment a ete rajoute mais dans l'ensemble
on se reconnait tres tres bien. L'eolienne est encore la, en piteux etat mais on s'y revoit.











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Re: Nos écoles primaires du bled

Message  Jean Fillot le Mer 6 Fév - 10:15

Ma jeunesse aux Ait Yazem.
Ma mere a droite et sa soeur a gauche (venue en vacances depuis la France)
Je suis en bas tout a droite, j'avais trois ans car la photo est de 1947.
et mes trois freres. Mes deux soeurs sont nees a Meknes dans ce qui s'appelait "les chalets de l'enseignement "
si quelqu'un s'en souvient, faites moi signe.
Le temps a passe...

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Re: Nos écoles primaires du bled

Message  Lucien Calatayud le Mer 6 Fév - 12:01

JEAN



Ces dernières photos de l'école m'ont foutu le bourdon. Quel affreux délabrement! Merci quand même de nous les avoir montrées. Je crois malheureusement être le seul parmi les membres de ce forum à avoir fréquenté l 'école des AÏt Yazem. Il m'étonnerait donc qu'elles donnent lieu à un quelconque commentaire. Que veux-tu: nous n'avons été que des blédards avec ce que cela sous entend de rançons, d'isolement et par conséquent de difficultés à pouvoir faire partager nos souvenirs à d'autres.
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école des aït-Yazem

Message  JACQUELINE ROMERO le Mer 6 Fév - 13:52

désolant de voir dans quel état se trouvent les bâtiments de cette école abandonnée!
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Les photos du BLED

Message  Admin le Mer 6 Fév - 14:28

Quelque soit l'endroit retrouvé par un membre de notre site, l'état du lieu présent nous interpelle... Toutes nos anciennes écoles, dans les quartiers devenus défavorisés par la force des choses (démographie, déplacements humains....), subissent le même outrage inhérent à l'évolution naturelle de la société.

Pas besoin d'aller au bled pour assister à de tels spectacles qui ne sont dus qu'à un changement d'intérêt. Le temps faisant son travail de sape de longue haleine. Ce qui est presque consolant, c'est de constater qu'il n'y a pas de volonté de destruction mais un esprit involontaire d'abandon lié aux conjonctures générales des besoins ou des intérêts de toutes sortes, qu'ils soient agricoles, électoraux, modifications des idéaux politico-socialo-nationnaux...., et nanani et nananère...

J'en veux pour preuve le Quartier Industriel de Meknès dont le désintérêt de la part des édiles est manifeste.

Je me mets à la place de JEAN, le jour de cette visite des lieux....j'ai fait ce chemin en 1992 pour la 1ère fois. Sur le coup, j'ai été meurtri, mortifié.
Et puis, j'ai revu un arbre ("mon acacia à moi"), une porte donnant sur la cave, une véranda un peu délabrée mais les murs debout et présents, comme une preuve vivante, la peinture sur les murs datant des années de ma jeunesse, les eucalyptus, l'emplacement du poulailler, le râtelier à vélos et le chemin pavé réalisés par mon père...On trouvera toujours une excuse.

Du coup, la nostalgie m'a envahi et je me suis laissé aller aux rêves.... Et j'en suis reparti apaisé...

Beaucoup d'entre nous ont eu à revivre ces émotions... Nous ne sommes pas indifférents à la vue des photos placées par JEAN... Je trouve presque formidable finalement qu'il ait pu retrouver ses marques.

On se console comme on peut....!!!! I love you I love you


Dernière édition par Admin le Jeu 7 Fév - 7:28, édité 1 fois

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La photo

Message  Admin le Mer 6 Fév - 14:47

La barboteuse
Il y a quelque chose d'attendrissant à voir les 2 petits garçons, sur la photo ci dessus, en barboteuse..
C'était à la mode...!!! Laughing Laughing La barboteuse n'était pas réservée qu'aux blédars... No No Ci après, une photo prise rue Branly en 1943...un demi blédard en barboteuse...
C'est BIBI... bounce

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Re: Nos écoles primaires du bled

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